Nobel de la Paix: une cérémonie somptueuse même sans lauréat et malgré...

Nobel de la Paix: une cérémonie somptueuse même sans lauréat et malgré le boycott

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«La cérémonie sera somptueuse et digne devant une salle comble bien sûr», a assuré M. Lundestad dans un entretien téléphonique avec l’AFP.

Mais si, comme cela semble probable, «personne de la famille (de M. Liu) ne peut venir, nous devrons nous passer de ces deux-trois minutes (…) pendant lesquelles la médaille et le diplôme sont habituellement remis», a poursuivi M. Lundestad. Il est également l’influent secrétaire du Comité Nobel norvégien qui décerne chaque année le prix de la Paix.

En 2010, le prestigieux prix a été attribué au dissident Liu Xiaobo qui purge une peine de prison de 11 ans pour subversion de l’État chinois. Cette récompense a exaspéré Pékin dont l’ambassade à Oslo a tenté de dissuader les représentations diplomatiques étrangères de participer à la cérémonie du 10 décembre.

Jeudi, la Chine et cinq autres pays avaient officiellement décliné l’invitation: la Russie, Cuba, l’Irak, le Kazakhstan et le Maroc. M. Lundestad a dit s’attendre à d’autres désistements.

En revanche, la plupart des pays occidentaux ont confirmé leur participation, comme les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

Contrairement à la remise effective du prix qui sera annulée en l’absence du récipiendaire ou d’un proche, l’autre temps fort de la cérémonie, à savoir le discours dans lequel le lauréat évoque ses travaux et ses aspirations, sera assuré même si M. Liu ne vient pas, a affirmé M. Lundestad.

Faute de lauréat, ce sera l’actrice norvégienne Liv Ullman qui lira un texte de Liu Xiaobo, a-t-il précisé.

«Ce ne sera pas un nouveau texte, mais ce sera un très beau texte», a assuré M. Lundestad, soulignant qu’il y avait largement le choix parmi les quelque 700 essais écrits par Liu Xiaobo.

S’il est déjà arrivé que le lauréat ne puisse venir recevoir en personne son prix, 2010 pourrait être la première année où le prix ne sera pas du tout remis physiquement.

«On peut dire que certaines des plus importantes cérémonies que nous avons organisées au cours de nos 109 années d’existence ont été celles où les lauréats étaient absents», a relevé M. Lundestad.

En 1975, l’épouse d’Andreï Sakharov avait reçu le prix à Oslo à la place de son mari retenu par les autorités en Union soviétique. En 1983, Lech Walesa avait envoyé sa femme de peur de ne pouvoir rentrer ensuite en Pologne communiste. En 1991, les deux fils d’Aung San Suu Kyi avaient représenté leur mère retenue par la junte birmane.

Mais c’est le Nobel 1935 qui a décidé le Comité à ne remettre le prix, et en particulier l’argent, qu’au lauréat lui-même ou à un proche.

Détenu dans un camp nazi, le pacifiste Carl von Ossietzky n’avait pu se rendre à Oslo et la récompense avait été remise à un obscur avocat allemand qui avait conservé l’argent. Il avait été jugé et condamné à deux ans de travaux forcés pour ce vol.

«Imaginez la situation où nous remettrions un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (1,44 million de dollars) à quelqu’un qui, au bout du compte, ne représenterait pas le lauréat et qui peut-être même utiliserait cet argent à des fins que le lauréat n’approuverait pas!», a commenté M. Lundestad.

«À partir du moment où vous faites intervenir des personnes qui ne sont pas très proches du lauréat, il y a un risque de complications (…) surtout lorsqu’il s’agit d’argent», a-t-il ajouté, soulignant que le Comité Nobel «refusait de prendre ce risque».

 

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