Nos palmiers-dattiers sont-ils en voie de disparition ?

Nos palmiers-dattiers sont-ils en voie de disparition ?

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Plusieurs facteurs sont venus au long des années amplifier et accroître la dégradation. Mais, cette dernière est-elle irréversible ?
La succession de périodes sèches, la maladie du Bayoud, les invasions acridiennes, l’extension du tissu urbain « moderne », la salinité des eaux et des sols, les diverses formes de désertification et de l’ensablement qui s’en suit, ont constitué autant de facteurs agressifs sur l’environnement et sur les écosystèmes des palmeraies et des oasis du Sud marocain.
Ces agressions ont eu pour impact direct une mutation des modes de production et des modes de vie car ces facteurs naturels ont entraîné des efforts d’adaptation qui ont produit des facteurs physiques et humains. Résultat : aujourd’hui les 2/3 du patrimoine phœnicicole national ont été perdues au cours du 20ème siècle. Des spécialistes proches du dossier parlent d’une palmeraie qui aurait régressé de 15 millions à 4 millions de palmiers-dattiers. Une régression alarmante.

Cette régression est-elle irréversible ? Si oui, il s’agit bel et bien d’une catastrophe écologique dont les conséquences économiques et sociales devraient se répercuter sur le pays tout entier. En effet, le palmier-dattier contribue variablement à la formation de revenus agricoles pour un million d’habitants à hauteur de 20 à 60%. Il constitue le support d’une activité commerciale importante entre le Sud et le Nord du pays et participe à la création de l’emploi et à la stabilisation des populations locales. Les palmeraies des oasis du Sud marocain concernent 1.200.000 habitants étalés sur les provinces d’Errachidia, Ouarzazate et Zagora. La production nationale s’élève en année normale à 90.000 tonnes.

Si la tendance à la dégradation venait à subsister, il est évident que la production de dattes sera condamnée à la réduction. Mais, au-delà de la question de la production des palmiers-dattiers, il est urgent de remédier à toutes les formes de dégradation, car c’est tout l’avenir de nos palmeraies qui est en jeu. La menace du changement climatique qui s’amplifie d’année en année pourrait aggraver la situation. Il n’y a pas que la production des plamiers-dattiers qui devrait nous interpeller, car, à travers la palmeraie marocaine, c’est l’ensemble des oasis du Sud qui est menacé ! Autrement dit, la catastrophe naturelle et sociale qui menace ce patrimoine est-elle inévitable ?

Le futur de nos palmeraies a-t-il un avenir ?

Face à cette situation alarmante, une stratégie globale pour la sauvegarde de notre palmeraie s’impose depuis longtemps. Des efforts ont été entrepris à travers la mobilisation des différents acteurs du développement régional, les services techniques, les universités, les instituts de recherche, la recherche agronomique, le ministère de l’Agriculture, du Développement rural, les Eaux et Forêts et les offices régionaux de valorisation agricole du Tafilalet, et de Ouarzazate.

Des efforts qui ont été axés sur la promotion de l’investissement dans cette filière et la valorisation de la production, l’encadrement technique des agriculteurs et la réhabilitation du patrimoine phoenicicole à travers l’introduction progressive de vitro-plants afin de cultiver des espèces saines et donc plus résistantes aux maladies et aux agressions diverses.

Il faut souligner qu’une réserve de biosphère des oasis du Sud marocain a été créée en novembre 2000 , mais il faudra attendre encore plusieurs années avant de pouvoir en évaluer les effets. Si la sauvegarde de nos palmeraies et la réhabilitation des oasis du Sud marocain est une question complexe, devant tenir compte de plusieurs facteurs, il serait urgent qu’un plan stratégique de sauvegarde de nos palmeraies soit adopté afin que nos palmiers-dattiers ne soient plus une espèce en voie de disparition. Un plan dont l’objectif est d’assurer la survie des oasis et le développement durable des palmeraies dans leur contexte socio-culturel et dans leur environnement naturel, en ne considérant pas seulement le côté production, car notre pays pourra toujours importer des dattes de l’étranger.

Par Hafid Fassi Fihri

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