Pakistan: à Karachi, une violence aux multiples visages

Pakistan: à Karachi, une violence aux multiples visages

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Il fait nuit noire à Karachi, la mégalopole du sud du Pakistan. Le commissaire Usman Bajwa fait une patrouille nocturne pour vérifier que ses équipes mobiles sont bien en place.

« Vous voyez cette équipe en faction ?, dit-il en désignant un groupe de policiers. Elle contrôle cet homme en mobylette parce que parfois, spécialement quand il y a des processions religieuses, les terroristes utilisent des deux roues pour y cacher des bombes et commettre des attentats », explique l’officier de police.

Avant d’ajouter : « Mais les violences de Karachi sont de nature différente : religieuses, quand elles opposent les différentes confessions, mais aussi ethniques, politiques, criminelles, ou liées à la présence de groupes extrémistes ».

Selon le ministre provincial de l’Information, depuis le début de l’année 2012 plus de 2 100 personnes auraient déjà été tuées dans la plus grande ville du pays qui abrite 10% des 180 millions d’habitants que compte le Pakistan.

La police, unanimement accusée d’être politisée et de manquer de neutralité, est incapable d’enrayer les violences. Un climat qui inquiète chaque jour un peu plus la population : « J’adore ma ville, explique Javed, un caméraman d’une trentaine d’années, mais je n’ai qu’une envie : partir le plus loin possible. J’ai deux petites filles et quand je pars de chez moi le matin, j’ai peur de mourir et de ne jamais les revoir », assure-t-il avec dépit.

« Il y a de plus en plus de « no go areas », reprend Javed, des endroits où on ne peut plus se rendre à cause de son appartenance ethnique ». Karachi, cité portuaire, est une ville de migration. Mais entre les différentes communautés, qui ne se mélangent pas, les relations sont souvent tendues et le sentiment de peur est partagé.

Dans le quartier pashtoune de Banaras, Rurshid Bibi pleure encore la mort de son fils tué pour ses origines ethniques. « Mon fils a été tué en pleine rue, parce qu’il était pashtoune. Maintenant on ne sort plus après le coucher du soleil et on essaye de ne pas aller dans d’autres quartiers ».

Mais à Karachi, les violences ne sont pas seulement de nature politique ou ethnique, les enjeux sont aussi économiques. Karachi concentre plus de 50 % des ressources du pays. Et les groupes mafieux qui pratiquent le racket, les kidnappings et les trafics en tous genres y sont légion.

L’un des gangs les plus connus est celui d’Uzair Balouch. Il se trouve à Lyari, l’un des quartiers réputés les plus dangereux de la ville. À la nuit tombée, Uzair Balouch, entouré d’hommes armés, reçoit dans une ferme en construction une population venue faire ses doléances.

« Ici nous n’avons pas de problème de sécurité, soutient-il. Les vrais criminels, ce sont ceux qui tiennent la mairie et pas nous. Nous avons notre propre sécurité pour nous défendre et nous sommes parfaitement en règle car nous avons des licences gouvernementales qui nous autorisent à porter des armes », insiste-t-il.

Le gang d’Uzair Balouch est proche du pouvoir en place au Pakistan et Lyari, le quartier sur lequel il règne, est la seule véritable enclave où le parti présidentiel est majoritaire à Karachi. Mais le pouvoir politique, établi à Islamabad, la capitale, ne semble pas pressé d’enrayer la spirale de violence qui frappe Karachi depuis des années. Ce n’est apparemment pas sa priorité.

rfi.fr/ actu-maroc.com

 

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