Palestine: quand le sport défie le blocus israélien Par Mohamed BENCHRIF.

Palestine: quand le sport défie le blocus israélien Par Mohamed BENCHRIF.

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Parmi ces souffrances, il y a lieu de citer l’interdiction aux sportifs  palestiniens de se déplacer à Gaza et en Cisjordanie et vice versa, les  restrictions imposées sur la construction des infrastructures sportives  notamment de trois stades (Beit Amr, Beit Fourik et Bourine) ou l’équipement du  stade Majid Assaad d’Al Bira.

Les instances des fédérations sportives ne peuvent, non plus, se réunir  périodiquement tout comme le blocage des équipements sportifs fournis par les  fédérations internationales ou continentales dont une cargaison procurée par le  président de l’UEFA, Michel Platini, et qui est restée longtemps bloquée dans  un port israélien jusqu’au paiement d’une « rançon » de 5.000 dollars pour « être  libérée ».

« Le sport doit être conçu selon des critères qui servent les intérêts du  peuple palestinien tout entier, loin de tous conflits personnels, politiques ou  géographiques », insiste le président du Comité national olympique palestinien  (PNOC), Jibril Rajoub, également président de la Fédération de football.  

Il a également souligné la nécessité de trouver une issue à la question de  la fragmentation des composantes du sport palestinien à travers la mise en  place de canaux de communication avec la diaspora palestinienne, en particulier  en Syrie et au Liban, ainsi qu’à celle relative aux sportifs établis à Al-Qods  mais auxquels les autorités d’occupation imposent une identité israélienne.

Afin de sortir de cette impasse, plusieurs dossiers ont été soumis ces  derniers mois aux CIO, FIFA, UEFA et à l’ONU, portant notamment sur  l’infrastructure sportive, la circulation des sportifs, les aides continentales  et internationales n’arrivant pas à bon port et sur les entraves imposées aux  instances sportives nationales.

Plus de 30 journalistes sportifs arabes, représentant dix pays, en visite  la semaine dernière à Ramallah dans le premier rassemblement médiatique  d’envergure en Palestine depuis 1967 et coïncidant avec la tenue de la  première rencontre des journalistes sportifs palestiniens, se sont arrêtés in  situ sur les multiples entraves érigées par l’occupant israélien pour  bâillonner toute activité sportive palestinienne, notamment le football qui a  signé une présence remarquable sur les scènes local, arabe et continentale et  forcé le respect de tous.

D’Amman, ces journalistes ont dû prendre leur mal en patience pour franchir  les nombreux obstacles sur leur chemin vers Ramallah, sachant que la délégation  n’était nullement la bienvenue de la part des forces d’occupation qui, usant de  multiples subterfuges, dressent des blocages à tout contact avec leurs  confrères de la Cisjordanie et de Gaza et qui se sont, finalement, rencontrés à  Ramallah.

Ils ne sont pas les seuls. Tout visiteur de Palestine, soit pour des  raisons familiales, commerciales, professionnelles ou académiques se doit de  se soumettre à ces contraintes.    Dès le passage du pont du roi Hussein, les obstacles et provocations des  contrôles israéliens surgissent au pont Allenby où le visiteur, détenteur  d’une autorisation d’entrée, doit s’armer de patience et faire montre de sang  froid sans aucun signe de dépit, ressentiment ni de colère sinon il sera  renvoyé d’où il est venu ou risquant même d’être séquestré.

L’occupant impose ces restrictions afin de pousser les visiteurs à ne plus  revenir. Il bloque les passages et refuse l’accueil de voyageurs avant même  l’horaire prévu de fermeture, ce qui obligent des centaines de personnes à  rester à la belle étoile des deux côtés des frontières  palestino-jordaniennes, en plus qu’il dicte des taxes de près de 333 dirhams  pour tout visiteur voulant quitter la Palestine.

En dépit du fait que la question des passages est régie par des accords  tripartites (Palestine, Jordanie et Israël), les palestiniens et jordaniens  sont assujettis aux décisions d’isba et toute convention de ce genre ou  autres ne sont pas contraignantes pour l’occupant.

Mêmes exigences pour le culte. Les forces d’occupation astreignent toute  personne voulant prier à un contrôle rigoureux et le passage à travers des  portiques électroniques de détection de métaux avant l’accès au Tombeau des  Patriarches, ce qui a grandement réduit le nombre de gens venus prier alors  que son esplanade était, autrefois, pleine de fidèles.                                  
D’ailleurs, les journalistes arabes avaient été témoin, vendredi dernier, de  cette souffrance des fidèles avant de franchir les portiques à tourniquet et  électroniques derrière lesquels se barricadent des soldats et soldates de  l’occupation, qui soumettent les fidèles à la fouille systématique et au  contrôle via des dizaines de caméras.

Face à ce blocus, les dirigeants palestiniens, à leur tête le Président  Mahmoud Abbas, ont chaleureusement accueilli l’organisation du 1er forum des  journalistes sportifs arabes sur terre palestinienne.

« Permettez-moi de vous confier qu’il n’est pas exagéré de confirmer que la  presse sportive s’est montrée plus audacieuse et avant-gardiste que celle  politique dans la perspective de mettre fin au blocus imposé au peuple  palestinien », a-t-il dit, ajoutant que « nous avons toujours souhaité que nos  frères de la presse arabe nous rendent visite, abstraction faite de l’excuse de  normalisation souvent évoquée par nos frères arabes ».   

Assurant que « la Palestine a énormément besoin de l’aide humanitaire et la  voix arabe », M. Abbas, a qualifié cette visite de « révolte contre  l’occupation », lançant un appel aux « voix humaine, arabe et internationale  pour constater ce qui se passe chez nous (…). La réalité de cette  souffrance ne peut être décelée uniquement à travers les médias, mais en étant  un témoin oculaire de l’occupation ».

Sur ce même registre, M. Rajoub a pressé les pays arabes à mettre fin au  blocus israélien imposé au sport, soulignant le rôle que peut jouer les  visites des sportifs et équipes arabes dans le « soutien des équipes, sélections  et sportifs, ainsi que de la famille sportive en Palestine, cible en  permanence de l’occupation ».
« Rendre visite au prisonnier ne signifie absolument pas visiter le geôlier »,  a-t-il martelé, rejetant ainsi « les affirmations assimilant toute visite en  Palestine à une sorte de normalisation avec l’occupation ».

En dépit de ces entraves, le sport palestinien a connu l’année dernière une  « révolution » par l’organisation du premier tournoi professionnel avec la  participation de 12 équipes et la visite du président du CIO, le Belge Jacques  Rogge, accompagné d’une délégation comprenant les deux champions olympiques  marocains Hicham El Guerrouj et Nawal El Moutawakel, au village de Er-Ram où il  a posé la première pierre pour la construction du siège du comité olympique  palestinien.

Cette visite « historique » constitue une lueur d’espoir et une première étape  vers la levée et l’allégement des difficultés auxquels font face enfants et  jeunes palestiniens pour la pratique du sport, qui est un droit fondamental de  l’Homme.

Cette année a également connu une amélioration remarquable du niveau des  sélections palestiniennes, notamment féminine, classée 4è lors du championnat  arabe de Bahreïn et du championnat de l’Asie de l’ouest.

Le dernier fait marquant des annales du sport palestinien remonte au 10  février courant avec la tenue du 1er championnat féminin de football « Sahar  al-Jarmi », du nom de la première martyre palestinienne de l’Intifada de  décembre 1987.

Le match d’ouverture ayant opposé Siriat Ramallah à Diar Bethlehem au Stade  Faiçal Al Husseini à Ramallah et retransmis en direct par la télévision  palestinienne, a été remporté par la formation locale (2-0) devant 15.000  spectateurs, en majorité des femmes et filles.

A ce propos, l’ancien secrétaire général adjoint de la Fédération  internationale de football (FIFA), M. Jérôme Champagne, actuellement conseiller  des affaires sportives auprès de l’Autorité palestinienne, a souligné que  « l’infrastructure sportive en Palestine a connu un saut considérable ces  dernières années, avec 8 stades répondant aux normes internationales », relevant  que « les joueurs perçoivent désormais des salaires mensuels décents pouvant  atteindre 5.000 dollars ».

Le 9 mars prochain, le Onze palestinien jouera son premier match officiel  devant son public au Stade Faiçal Al Husseini, contre homologue thaïlandais  en match retour des éliminatoires des JO-2012, sachant que le premier match  amical disputé en Palestine remonte au 26 octobre 2008.

Disputé face à la Jordanie à l’occasion de l’inauguration dudit stade, ce  match a été marqué par la présence de plusieurs personnalités, dont le  président de la Fifa Sepp Blatter.
En dignes représentants de leur peuple, dont les malheurs ne font que  renforcer sa volonté et qui fait du sport un des moyens de lutte, les sportifs  palestiniens ne ménagent aucun sacrifice pour défendre les couleurs de leur  pays et honorer, par leurs performances, chaque Palestinien et arabe de l’Océan  au Golfe.

Reste à espérer que le peuple palestinien ne sera pas livré à son sort et  coupé de sa profondeur stratégique, pour que le sport palestinien renaisse de  ses cendres et représente sa patrie dans les échéances arabes et régionales, à  l’instar des autres nations, surtout que la décision de créer un conseil  supérieur du sport, composé à moitié de femmes, est de nature à assurer la  représentativité d’Al Qods, de la Cisjordanie, de Gaza et de la diaspora.

 

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