Peine de mort : A Rabat, des ex-condamnés racontent « une torture quotidienne »

Peine de mort : A Rabat, des ex-condamnés racontent « une torture quotidienne »

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“J’ai passé 10 ans dans le couloir de la mort au Maroc, où le plus dur a été l’attente”, a déclaré Ahmed Haou, ex-condamné à mort, en marge de ce congrès qui a réuni de jeudi à samedi plusieurs centaines d’officiels et de représentants de la société civile d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (Mena).

“Dans le quartier B, qui est le couloir de la mort de la prison de Kénitra, il règne un silence terrible. Au moindre bruit, votre cœur commence à battre et vous vous dites ça y est, c’est l’heure”.

Ahmed Haou, ex-condamné à mort.

Arrêté pour des motifs politiques en 1983 à Casablanca, M. Haou a été condamné à mort un an plus tard. En 1994, sous la pression internationale, il a été gracié par le roi Hassan II.

“Dans les autres quartiers de la prison, l’ouverture de la porte d’une cellule est synonyme d’espoir et de liberté. Mais dans le couloir de la mort, un tel acte est synonyme de la fin et d’une peur indescriptible”, selon M. Haou, qui a témoigné publiquement lors de ce congrès.

“L’attente est alors une torture quotidienne et, à force d’attendre, l’exécution de la peine devient une délivrance.”

Ahmed Haou.

Aucun pays arabe n’a, à ce jour, aboli la peine capitale, mais, il existe au Maroc, un moratoire de facto depuis 1993. Toutefois, une centaine de condamnés attend encore dans les “couloirs de la mort” du royaume.

Dans leur combat pour l’abolition, les ONG réunies au sein de la Coalition marocaine contre la peine de mort s’appuient aussi sur la nouvelle Constitution, adoptée en 2011, qui consacre le “droit à la vie”.

“Innocente”

Un autre condamné à mort a témoigné à Rabat, ou plutôt une ex-condamnée: Antoinette Chahine, une Libanaise d’une quarantaine d’années, qui a passé deux ans dans le couloir de la mort à Beyrouth, après une condamnation pour “meurtre”en 1997.

“L’attente est ce qu’il y a de plus dur”, a dit à Mme Chahine, d’après qui, “au Liban, les femmes condamnées à mort ne sont pas exécutées, mais aucune loi ne le mentionne explicitement”.

“Malgré tout, l’attente était terrible, avant que le tribunal ne décide de mon acquittement, sous la pression internationale”, a-t-elle expliqué.

“L’incertitude fait de chaque instant une torture insupportable. Si ma condamnation à mort avait eu lieu, la justice aurait tué une innocente. C’est pour cela que j’ai fait de son abolition une de mes causes.”

Antoinette Chahine, ex-condamnée à mort au Liban.

Interrogé par l’AFP, l’ambassadeur français pour les droits de l’Homme, François Zimeray, a insisté sur les “réalités humaines”. Même dans le cas d’un moratoire, “cela veut dire qu’il y a des gens dans le couloir de la mort qui subissent la torture de l’incertitude du lendemain”, a-t-il noté.

Selon Amnesty International, la région Mena connaît le taux le plus élevé d’exécutions dans le monde en comparaison avec le nombre d’habitants.

Dans un pays comme l’Arabie Saoudite, il a été procédé à plus de 70 exécutions -la plupart par décapitation au sabre- l’an dernier. Le viol, le meurtre, l’apostasie, le vol à main armée et le trafic de drogue sont passibles de la peine capitale dans le royaume saoudien.

Le congrès régional de Rabat a rassemblé des participants du Maghreb, mais aussi d’Egypte, d’Irak, du Liban ou encore du Yémen.

aufait/AFP

 

actu-maroc.com

 

 

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