Pourquoi le mariage de Chelsea Clinton fascine-t-il l’Amérique ?

Pourquoi le mariage de Chelsea Clinton fascine-t-il l’Amérique ?

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Qui se souvient du mariage de Jenna Bush, la fille de W, en mai 2008 ? Les médias américains n’y avaient prêter qu’une attention polie. Les épousailles de Chelsea, elles, ont déjà inspiré pas moins de quatre articles au vénérable New York Times (1, 2, 3 et 4). La jeune fille a même eu droit à un portfolio de ses « ex » réalisé par le magazine en ligne Daily Beast. La chaîne de télévision ABC a divulgué des « fuites » sur les plans du mariage, tandis que le site people TMZ s’est targué de dévoiler la playlist qui devait être jouée à la cérémonie.

UNE JEUNE FILLE TRÈS DISCRÈTE

La frénésie médiatique qui a entouré le mariage ce week-end de Chelsea est d’autant plus surprenante que les mariés sont peu connus du grand public. Bill et Hillary ont jusqu’ici tout fait
pour tenir leur fille à l’écart des projecteurs, et elle-même ne semble guère attirée par la lumière. Tout juste sait-on que Chelsea Clinton, 30 ans, et Marc Mezvinsky, 32 ans, se sont connus lorsqu’ils étaient adolescents dans un camp de vacances organisé par le parti démocrate. De l’époux, banquier, on sait seulement qu’il est le fils d’un ancien député démocrate condamné et emprisonné pour escroqueries.

Les noces, préparées dans le plus grand secret, se sont déroulées dans la luxueuse et ultra-sécurisée propriété d’Astor Courts, aux environs de Rhinebeck, petite localité rurale du nord de l’Etat de New York (voir le portfolio du Washington Post). Afin d’écarter la nuée de paparazzi qui s’annonçaient, une interdiction de survol de la propriété a été décrétée et l’accès aux routes qui y mènent fortement restreint. Selon plusieurs estimations, la facture totale de la noce oscille entre trois et cinq millions de dollars, rapporte le Daily News.

QUELLE ROBE ?

Désireux de se construire une mythologie glamour, les Américains n’ont pas la chance d’avoir une famille royale aussi « bankable » que celle qui sévit en Angleterre. Ils se sont donc jetés sur ces noces comme des fourmis sur le gateau de la mariée. En témoignent ces scènes rapportées par le New York Times : « Une équipe de baseball a envoyé sa mascotte, déguisée en raton laveur, qui a défilé dans la ville avec une pancarte demandant Mlle Clinton en mariage. Des adolescents ont poursuivi l’ancienne secrétaire d’Etat Madeleine Albright pour lui demander un autographe. Et des jeunes femmes ont distribué des parts de pizza sur lesquelles on pouvait lire ‘OUI’ en lettres de pepperoni ».

La réponse de la mariée ne prêtant pas à conjecture, c’est sur le choix de la robe que s’est portée l’attention des médias, au point que ce détail vestimentaire a fait l’objet d’un véritable feuilleton à suspense. Le magazine Stylelist s’est fait l’écho de la question qui taraudait l’Amérique : Chelsea portera-t-elle une robe Vera Wang ou Oscar de la Renta ? On a aujourd’hui la réponse : c’est Vera Wang, une amie de la famille, qui habillait la mariée, et c’est Hillary qui portait du Oscar de la Renta.

GÉNÉRATION CLINTON

Rare fausse note dans cette couverture médiatique enchantée, la journaliste Rebecca Traister s’est offusquée dans les colonnes de Salon de la regression « sexiste » que symbolise à ses yeux cet événement. « La fétichisation enfiévrée de ce jour de noces n’est pas seulement agaçante, elle est destructrice. Elle véhicule une vision de la réalisation de l’individu – et particulièrement des femmes – qui a depuis longtemps dépassé sa date de péremption. Cette idée selon laquelle le mariage serait le but ultime que chacun d’entre nous doit s’efforcer d’atteindre, que nos mariages seraient l’expression ultime de nos réussites et de nous-même. Qu’ils sont la preuve, la validation, quelque signe rassurant du fait que nous ayons bien tourné ».

Sur Slate.com, la journaliste Anna Rosin lui répond. Elle réfute l’idée selon laquelle les mariages de femmes seraient davantage commentés que ceux des hommes, argument au coeur de la démonstration de sa collègue. Si elle reconnaît que l’hystérie qui entoure ces noces est inattendue au regard du caractère pour le moins discret de la mariée, elle avance une explication : « Ce qui suscite notre intérêt, c’est l’idée d’un mariage dans la seconde génération des Clinton ». La première démocratie mondiale se rêverait-elle une seconde dynastie capable de prendre la suite de la saga Kennedy ? La journaliste rappelle que les dernières noces à avoir eu autant d’écho outre-Atlantique sont celle d’un Kennedy, JFK Jr, en 1996.

 

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