Pourquoi l’on tarde à aller vers des négociations directes?

Pourquoi l’on tarde à aller vers des négociations directes?

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—(par Bouchra Benyoussef)—

Cependant, notent les observateurs, une éventuelle normalisation entre le Maroc et l’Algérie aurait d’importantes conséquences sur la résolution de ce conflit vieux de plus de 35 ans.

Les approches innovantes initiées depuis novembre dernier par l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, Christopher Ross, ont permis au processus « d’enregistrer des progrès encourageants en balisant la route vers la reprise du processus de Manhasset et par ricochet d’ouvrir des perspectives d’amélioration des relations bilatérales », a affirmé à la MAP, l’ambassadeur du Maroc auprès de l’ONU, Mohamed Loulichki.

Le Maroc est  » disposé, ouvert et déterminé à aller le plus loin possible » dans l’amélioration des relations avec le voisin algérien, souligne l’ambassadeur, espérant que « rien ne viendra contrarier cette dynamique ou la retarder car, dit-il, elle sert les intérêts bien compris des deux peuples frères et l’ensemble de la région du Maghreb et leur permet de faire face ensemble aux défis communs ».

Cependant, force est de constater que s’agissant des pourparlers sur le Sahara marocain, l’Algérie et le Polisario ne donnent pas le sentiment d’une volonté réelle de trouver une solution rapide conforme à la légalité internationale à ce différend qu’ils ont eux-mêmes créé.

« Le Maroc s’est investi pendant des années dans l’élaboration » de son initiative d’autonomie, en  » empruntant aux expériences de différents horizons qui ont réussi et en ayant à l’esprit la nécessaire réconciliation et unification des familles des provinces du Sud avec leurs proches dans les camps de Tindouf en Algérie » , fait valoir l’ambassadeur Loulichki.

Partant du statut privilégié et la crédibilité reconnus par le Conseil de Sécurité et la communauté internationale à l’initiative d’autonomie, la délégation marocaine, a-t-il poursuivi, a « veillé lors de toutes les rencontres à clarifier les différentes dimensions de l’initiative, et à mettre en exergue son essence éminemment démocratique, sa substance avant-gardiste et son ouverture vers l’avenir ainsi que l’impact positif de sa mise en oeuvre sur les populations concernées et sur les cinq Etats de la région ».

Et c’est fort de son « unanimité nationale, de l’enracinement démocratique de ses institutions et de sa vision volontariste et solidaire de l’avenir commun », dit-il, que le Maroc poursuivra « son engagement avec l’ONU pour l’avènement d’une solution réaliste et négociée de ce différend artificiel tout en mettant en oeuvre une bonne gouvernance régionale concertée et efficiente ».

« Et c’est là le point de force du Maroc qui, en plus, fait montre de bonne foi dans les négociations », relève pour sa part Mohammed Zakaria Abouddahab de l’Université Mohammed V de Rabat.

 

« Les efforts fournis par le Maroc ont été, à maintes reprises, qualifiés par le Conseil de sécurité de crédibles et sérieux », rappelle-t-il. De plus, fait-il observer, le « Plan marocain d’autonomie est le seul document de négociation susceptible d’être discuté dans le fond compte tenu de son élasticité ».

A contrario, la « proposition du Polisario se limite à un seul point : appliquer littéralement un référendum d’autodétermination ».

Rédigée dans la « précipitation » dans l’unique dessein de « contrer notre initiative », elle pêche par son « référentiel obsolète et son déphasage par rapport à la réalité sur le terrain et au consensus international sur les exigences de réalisme et de compromis », explique M. Loulichki.

« Il s’agit purement et simplement d’un clonage du plan Baker II, désormais dépassé », dit-il. Cette proposition « n’a rien d’un compromis, ni dans sa formulation ni dans son orientation générale ». Elle est, en outre, « centrée sur une méthodologie impraticable, celle du référendum à choix multiples, alors même qu’elle est minoritaire dans la pratique des Nations unies » ajoute-t-il.

Pour rappel, l’ancien envoyé Peter Van Walsum qui était parvenu à la conclusion que  » l’indépendance était une option irréaliste « , avait été victime de pressions et de manŒuvres diplomatiques qui ont eu raison de sa détermination.

Le Conseil de sécurité de l’ONU, lui-même, rappelle-t-on, insiste sur la nécessité, pour les négociateurs, de faire montre de réalisme dans leur approche de résolution du problème. « Or, l’on sait que les positions de l’Algérie et du Polisario se caractérisent par un certain dogmatisme », relève Zakaria Abouddahab, professeur de droit international.

Pour lui, « la question qui se pose est la suivante : à qui profite le statu quo? ». Pérenniser le conflit est, aujourd’hui, aux dires même du Secrétaire général de l’ONU, inacceptable, ajoute-t-il. Il faut se rendre à l’évidence que l’Algérie « ne veut pas d’une solution à ce différend régional », estime un observateur onusien, pour qui le polisario dont les principaux membres fondateurs ont regagné le Maroc ,n’est pas en mesure de se prononcer sur cette question car il n’en a ni la « légitimité, ni la marge de manoeuvre, et ne mesure pas l’enjeu de la question ».

Pour l’Algérie, c’est un problème de leadership régional. Pour le polisario, qui n’est pas porteur d’un projet social, il s’agit d’un fonds de commerce dont il tire des bénéfices au quotidien, tantôt en détournant l’aide alimentaire – France-liberté, pourtant grand soutien, en son temps, des sécessionnistes, l’avait dénoncé dans un imposant rapport – tantôt en jouant sur la fibre humanitaire ou en s’adonnant à de menus trafics, jusqu’à très récemment dédaigneusement ignorés par la communauté internationale, malgré plusieurs avertissements du Maroc.

Mais, tôt au tard, il faut que le « Polisario admette que l’autodétermination classique n’est plus de mise, c’est cela, en réalité, le sens implicite des résolutions pertinentes de l’ONU », fait observer l’universitaire. Ceci dit, le contexte géopolitique régional actuel pourrait favoriser, à long terme, l’émergence de nouvelles élites moins endoctrinées et plus réceptives aux demandes des populations, estiment des observateurs onusiens.

Malheureusement, aujourd’hui, le discours algérien n’est pas porteur de renouveau car n’épousant pas la réalité sur le terrain, soulignent ces mêmes observateurs, pour qui il s’agit peut-être d’un problème de génération.

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