Poutine président, la belle histoire !

Poutine président, la belle histoire !

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Un des slogans les plus populaires des manifestations récentes en Russie était : « Nous sommes pour des amphores honnêtes ». Il fait allusion à deux amphores grecques datant du VI siècle que le Premier ministre aurait trouvées sous l’œil attentif des caméras lors d’une plongée au fond de la mer Noire. Mais les amphores étaient tout simplement un peu trop propres aux yeux des spécialistes. La supercherie fut démontée, le storytelling du Kremlin très vite remis en cause (voir plus bas texte et vidéos relatant la supercherie).

« Une machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits »

Ainsi, dans les think tanks ou autres cabinets de conseil en image, on parle souvent de storytelling, un moyen de mettre en valeur l’image d’un politicien. Littéralement, il s’agit de raconter une histoire. Le storytelling est ainsi une méthode utilisée en communication basée sur une structure narrative du discours qui s’apparente à celle des contes, des récits. En politique parfois : « Les récits racontés se substituent à l’analyse du réel des forces politiques, des forces sociales » explique Christian Salmon, écrivain et chercheur, auteur sur le storytelling. Selon lui l’application des recettes du marketing à la vie publique conduirait à « une machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits ». Car en matière de storytelling, ce sont souvent les plus gros mensonges qui passent le mieux.

Poutine : judoka, chasseur torse nu en Sibérie ou biker ?

La littérature russe est connue pour sa qualité narrative, est-ce sans doute pour cette raison que Vladimir Poutine, cet ancien du KGB, soigne si bien son image ? On l’a vu lors de certaines apparitions incarner les rôles de judoka, de chasseur torse nu en Sibérie, de biker… Cela peut parfois prêter à sourire, mais c’est très souvent très efficace en termes de communication. A l’approche des élections et face à la contestation qui gronde en Russie, Vladimir Poutine soigne de plus en plus cette image…

Dernièrement, une dépêche AFP a repris un cas de storytelling qui semble de rigueur actuellement au Kremlin : « Le ministre des Ressources naturelles et de l’Ecologie, Iouri Troutnev, a remis à l’homme fort de la Russie un flacon contenant de l’eau d’un million à trente millions d’années. C’est la première fois que nous avons de l’eau datant de cette période. Personne n’a rien de tel », a-t-il déclaré. Puis on apprend plus loin dans le texte que « l’eau qu’a reçue M. Poutine ne provient en réalité pas du lac lui-même mais de la dernière couche de glace le recouvrant et que les scientifiques russes ont réussi à percer après plus de vingt ans d’efforts. Les premiers échantillons ne devraient en effet pas être extraits avant décembre 2012. » Nuance et qu’importe, Vladimir se trouve ainsi en quelque sorte acteur d’une expédition scientifique sans raison apparente.

Poutine, un personnage « viril et affectueux à la fois »

Même genre de storytelling qui peut commencer, on va le voir, dès l’école. On apprend, le 9 février dernier, que « des écoles de la région russe de Tver ont été priées d’acheter des centaines d’exemplaires d’un livre consacré aux années d’écolier du Premier ministre Vladimir Poutine. Le livre « Vladimir Poutine. Parents. Amis. Enseignants », publié en 2004 pour la première fois, a été rédigé par la professeur principale de M. Poutine dans les années 1960, Vera Gourevitch. » L’enseignante décrit alors : « un enfant très énergique malgré un physique frêle ». Puis selon un officiel : « Les enfants ont alors lu le livre et préparé des questions. Le thème de la rencontre était : comment devenir président en Russie (…), je pense que si de tels évènements avaient lieu plus souvent, le monde serait meilleur. » Un monde meilleur et des années scolaires pour M. Poutine qui sont bien entendu exemplaires pour construire ce personnage, « viril et affectueux à la fois » selon le fameux livre.

Poutine auteur de blagues « scabreuses et vulgaires »

Pourtant, pour le politologue Stanislav Belkovsky, l’image que travaille soigneusement le Premier ministre russe ne s’adresse qu’à un public très particulier, à savoir selon ce politologue : « les habitants des villages et les catégories les moins éduquées ». Lors de l’apparition télévisée annuelle La conversation avec Vladimir Poutine du 15 décembre dernier, dix jours après le début des manifestations de contestation en Russie, Vladimir Poutine a utilisé des blagues « scabreuses et vulgaires », souligne Belkovsky, en comparant les opposants à des singes et les rubans blancs, symbole de lutte pour des élections honnêtes, à des préservatifs. Pour ce politologue, Vladimir Poutine a ainsi sérieusement insulté la population active russe qui proteste contre les élections falsifiées et n’accepte plus vraiment les histoires qu’on lui raconte…

 

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