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A deux mois d’une élection présidentielle incertaine en France, la campagne est rythmée par les affaires judiciaires impliquant le candidat de droite François Fillon et la présidente du Front national Marine Le Pen, dont un proche vient d’être inculpé.

Trois juges ont été désignés pour enquêter sur l’affaire des emplois présumés fictifs de l’épouse de François Fillon, Penelope, et de deux de leurs enfants, engagés comme assistants parlementaires, accentuant un peu plus la pression sur l’ancien favori des sondages.

Le parquet national financier (PNF) a annoncé vendredi dans la soirée avoir ouvert une information judiciaire pour « détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, complicité et recel de ces délits, trafic d’influence et manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité sur la transparence de la vie publique ».

Les magistrats ont désormais la possibilité de convoquer le candidat à tout moment en vue d’une éventuelle mise en examen (inculpation) ou d’un placement sous le statut intermédiaire de témoin assisté.

Ce nouvel épisode judiciaire risque de fragiliser un peu plus le candidat de droite, confronté à un fléchissement des intentions de vote depuis que le scandale a éclaté il y a un mois à la suite de révélations de la presse.

Lors d’un meeting en banlieue parisienne vendredi soir, François Fillon n’a pas réagi directement mais a dénoncé des attaques le visant selon lui avec « acharnement » dans une campagne où ses déplacements sont souvent perturbés par des concerts de casseroles organisés par des opposants.

C’est « un sévère coup de pression sur l’ancien Premier ministre », jugeait le quotidien populaire Le Parisien, évoquant « une situation inédite sous la Ve République, dont l’issue reste plus incertaine que jamais. »

Les derniers sondages donnent toujours la candidate d’extrême droite Marine Le Pen en tête pour le premier tour du 23 avril, devant le centriste Emmanuel Macron et François Fillon, au coude-à-coude.

Marine Le Pen serait en revanche battue à l’occasion du second tour le dimanche 7 mai.

La fille de Jean-Marie Le Pen est elle-même visée par une enquête sur des soupçons d’emplois fictifs d’assistants au Parlement européen.

Mais la candidate du Front national, que cette affaire ne semble guère handicaper dans les sondages, a refusé de se rendre à une convocation de la police avant l’élection, arguant que la période n’offrait pas la « sérénité » nécessaire à la justice et bénéficiant par ailleurs de l’immunité que lui confère son mandat de députée européenne.

Le journal Le Monde a évoqué samedi « une note retrouvée dans l’ordinateur du trésorier » du FN par la police lors de perquisitions et « qui laisse penser qu’un véritable système de financement du parti via le Parlement européen et les assistants parlementaires a été pensé en amont, et en haut lieu ».

Le trésorier, Wallerand de Saint Just, a aussitôt annoncé samedi qu’il portait plainte en diffamation et pour « violation du secret de l’enquête et de l’instruction ».

En outre, l’un des proches de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon, pilier de la communication du Front national à travers sa société Riwal, a été mis en examen dans l’enquête sur le financement des campagnes électorales du parti frontiste en 2014 et 2015, a indiqué samedi une source judiciaire.

Ex-dirigeant d’un syndicat étudiant d’extrême droite, il a été mis en examen, le 15 février, pour « abus de biens sociaux » dans le cadre d’une information judiciaire ouverte fin octobre.

Marine Le Pen sera en meeting dimanche à Nantes, dans l’ouest de la France, où entre 2.000 et 3.000 personnes ont manifesté samedi contre sa venue, avec notamment pour slogan « Le fascisme ne passera pas ». En marge de la manifestation, des heurts ont fait 12 blessés parmi les forces de l’ordre, dont un gendarme gravement brûlé aux jambes.

La figure montante de cette campagne, l’ancien ministre de l’Economie du gouvernement de gauche Emmanuel Macron, vient pour sa part de dévoiler un projet économique équilibrant mesures de discipline budgétaire et investissements, après s’être assuré le soutien du centriste François Bayrou.

Il doit encore rencontrer dimanche Jean-Louis Borloo, ex-ministre de l’Ecologie sous la présidence de Nicolas Sarkozy, pour essayer d’obtenir l’appui de cette autre figure du centre droit, avant de détailler un peu plus son projet lors d’une conférence de presse jeudi 2 mars.

 

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