Quand Al-Madini fait sienne une langue qui sort des sentiers battus !

Quand Al-Madini fait sienne une langue qui sort des sentiers battus !

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-(Par : Nizar Lafraoui)-.

Et voilà qu’après s’être dressé devant toute tentative de  » destruction  » du modèle réaliste, qui régnait en maitre des lieux dans la littérature marocaine de l’après indépendance, l’écrivain veut paradoxalement suivre le fil du renouveau jusqu’au classicisme.

Cette  » fausse  » contradiction, Ahmed Al-Madini ne tarde pas à la dissiper, dans un entretien à la MAP, lorsqu’il tient à dissocier le courant classique du concept de tradition. Il le conçoit, lui, comme une capacité expressive qui fusionne une expérience mure à une langue explosive qui sort des modèles figés et des métaphores usitées.

Dans un exercice de mémoire, Al-Madini s’arrête au début des années 70, où, dit-il, les textes traditionnels, qui faisaient le pari du réalisme, tenaient le haut de la marche littéraire. C’est alors qu’une nouvelle élite a fait son apparition avec des textes inclassables.

Et c’est dans ces conditions là qu’apparut  » Al Ounfo Fi Addimagh » (la violence dans le cerveau) en 1971. Une sorte de  » choc  » esthétique, considéré à l’époque comme un tournant dans la marche moderniste de l’expérience narrative au Maroc.

Pour preuve,  » ce sont les mêmes noms qui ont donné, dans les années 70, le coup d’envoi à cette expérience qui poursuivent aujourd’hui même le chemin de la modernisation, épaulés par une maturité et une maitrise des outils de création ».

Du haut de ses 62 ans, Al Madini vit toujours son âge de gloire, de jeunesse. La richesse de ses travaux littéraires et critiques et le renouvellement constant de sa vision peuvent en témoigner.

 » Je n’ai pas posé mon fusil d’ancien rebelle, puisque je le suis encore, sauf que je ne tire pas de manière aléatoire en raison de ma maturité humaine et de mon expérience créative ».

Cette capacité créative, il l’a directement tiré du bouillonnement qui a marqué le Maroc de l’après indépendance. Cette belle matière politique, sociale et humaine qui a constitué la source d’inspiration narrative vitale aux romans de ce créateur, natif de Berrechid.

Grace à une conscience propre à lui, Al Madini a su capter les moments de gloire et de détresse de cette époque pour en constituer une vision propre et en confectionner un texte narratif, que les critiques ont vu différent du texte réaliste.

Inutile pour lui de délaisser son temps social et historique à la faveur d’une création pure, qui serait plutôt proche de l’illusion.  » Si la poésie exprime les émotions et les sentiments humains, le roman, lui, devra décrire une réalité objective par le biais de ses propres outils esthétiques « .

 » Ceux qui veulent se consacrer à une création pure n’ont rien compris au genre littéraire. On ne peut attaquer la narration en dehors de l’histoire et de la société. Même en poésie, les belles métaphores ne naissent pas du vide « , explique Al-Madini.

Sa relation avec ses lecteurs et ses critiques mêmes n’a pas été toujours facile, malgré la place immuable d’Al Madini dans l’arène de la littérature marocaine.

C’est ainsi que l’écrivain s’est trouvé sur le banc des  » accusés  » pour abus dans le travail de la langue aux niveaux du lexique, du style ou encore de la structure. Un travail qui rend parfois ses textes difficilement assimilables et peu digestibles.

Mais l’écrivain ne nie pas cette  » accusation  » et avoue que cet élément était plus présent à ses débuts dans  » Al O’unfo Fi Addimagh »,  » Safaro Al Inchae Oua Tadmir  » (voyage de construction et de destruction-1976) et  » Zamano Bayna Al Ouiladati Oua Al Houlm  » (temps entre naissance et rêve-1977).

L’écrivain se reprend aussitôt, en défendant mordicus son choix :  » la langue est la structure expressive, la relation entre les termes et les images. Ceux qui m’accusent de complexité linguistique sont habitués à une écriture homogène, avec un modèle déjà en place « .

C’est dire, en d’autres termes, que  » l’écriture déstructure l’horizon du lecteur et incite à une contre-réaction. La question est de savoir pourquoi cette écriture apporte-elle cette déstructuration, cette rébellion, cette flamme, cette dissociation des relations entre les termes « .

Il convient à partir de là de souligner que l’écriture littéraire n’est pas une simple écriture. Alors pourquoi l’écrivain devra-t-il emprunter la voie de la simplicité linguistique ?

 » Mon temps, mes sensations et ma vision aussi ont changé, mais je suis encore l’écrivain qui rejette cette langue plate et pauvre, qui n’ose pas défier les outils d’expression et reconstituer les liens. Mais à quoi sert l’art alors ? « , se défend-il.

Mais avant de devenir  » le professionnel  » de l’écriture qu’il est aujourd’hui, il est passé par la presse. Sans elle, sa production littéraire n’aurait pas été aussi riche.

« Alors que j’attendais l’inspiration, la presse m’a contraint à l’écriture régulière. Elle m’a mis sur le bon chemin, même si l’écriture journalistique n’a rien à voir avec la littérature « .

En pariant sur l’écriture journalistique, il voulait toucher un grand nombre de lecteurs, avec ce qui implique comme simplification et apprivoisement. Mais Al Madini a tenté tout de même de présenter un modèle littéraire d’écriture journalistique, à travers ses célèbres tribunes, depuis Paris:  » une lettre de l’autre rive  » ou  » une lettre des deux rives  » sur les pages d’  » Al Mouharrir » et  » Al Ittihad Al Ichtiraki « , des années durant.

Alors qu’il a cumulé les travaux en critique, Al Madini ne cache pas son désarroi de cette paresse dans la critique des textes, les non-classiques surtout. Et pour cause : les travaux qui opèrent des chamboulements dans les formes et la langue ne peuvent être évalués du jour au lendemain. Ils ont besoin du temps pour recevoir une évaluation bien mure. Et c’est aussi parce que la critique littéraire est un long processus qui exige un bagage culturel riche et composé et, encore plus, la littérature n’est pas une simple course cycliste à l’issue bien évidente.

MAP__________________________

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