Quand la police nous rassure

Quand la police nous rassure

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La Direction Générale de la Sûreté Nationale nous livre de temps à autres, depuis un bout de temps déjà, des chiffres qui nous renseignent fort bien sur certains des aspects de notre société et non des moindres: la criminalité, la délinquance et le non respect des lois.
C’est ainsi qu’en 37 jours d’exercices de notre police, ce qui correspond à peu près â la période de prise de fonction de Son nouveau directeur général, il a été procédé à pas moins de 44.223 arrestations dont 26.890 flagrants délits, de nature criminelle.
13.698 parmi ces cas, faisaient déjà l’objet d’avis de recherche et vadrouillaient tranquillement en liberté, narguant leurs victimes et la société entière.
De quoi donner des sueurs froides.
Parmi les personnes arrêtées, 370 trafiquants de drogues diverses ont été mis hors d’état de nuire. Ce chiffre serait dérisoire par rapport à l’ampleur de la pénétration des drogues dans la société, pensent certains.
Un autre chiffre interpelle davantage que les autres, celui des 3.265 arrestations aux abords des établissements scolaires.
Cette statistique est plus qu’alarmante.
Elle dit bien que les abords des écoles sont devenus des lieux de grande débauche et des espaces de trafics de tout genre. Un problème gravissime qui n’est pas pour arranger la question de notre enseignement.
Les parents sont donc bien avertis.
Pour continuer dans le récit des chiffres, sur la même période, les services de police ont enregistré 249.423 infractions à la circulation ce qui n’est pas rien. C’est l’équivalent de la population totale de Berkane, de Laayoune de Taza ou encore de Mohammadia. Ce chiffre est impressionnant rapporté au parc automobile national.
Si l’on ajoute à ces statistiques tous les cas non élucidés, les infractions non consignées, les citoyens n’ayant pas déposé de plainte suite à une agression, vol ou autres, cela fait beaucoup.
Énormément, pour un pays qui se veut paisible, dont la population se revendique pieuse et honnête. C’est â fortiori inquiétant pour un pays qui fait de l’investissement international et du tourisme des atouts de son économie.
En tous les cas, le sentiment d’insécurité dans la population est là et bien là, chez les femmes encore plus que chez les hommes.
Il n’ y a qu’à compter le nombre de vigiles visiblement accoutrés et postés pour impressionner, le nombre croissant d’entreprises de gardiennage, le nombre de guérites qui fleurissent partout, pour se rendre compte du ressenti véritable des gens.
C’est de plus en plus insoutenable.
L’annonce des chiffres est donc faite pour nous livrer une photographie de l’une de nos réalités, mais aussi pour nous rassurer.
La police veut nous faire comprendre qu’elle est bien là, qu’elle fait au mieux son travail et c’est très bien ainsi.
Au delà de ces performances de nos sécuritaires, il faut aussi se pencher sur ce que cela représente en impact budgétaire pour l’État, que de traiter toutes ces affaires.
Il faut ainsi raisonner en terme de mobilisation de l’administration et de son personnel, avec ce que cela représente comme logistique.
Il faut se demander ce que cela exige comme potentiel aux différents tribunaux et ensuite tout l’effort humain, d’infrastructure et budgétaire qu’il faut déployer dans les commissariats, prisons et pénitenciers.
En d’autres termes la criminalité, la délinquance et le manque de civisme nous coûtent très cher.
Et encore une fois qui est responsable de cette situation, sinon un cursus scolaire et éducatif foireux, la dislocation du tissu familiale et une société de plus en plus loin de ses valeurs, une société à tendance violente et agressive.
Il va de soi bien évidemment aussi, que les conditions économiques dans certains cas sans perspective, y sont pour beaucoup.
Ce n’est pas du tout une fatalité, la tendance peut très bien être inversée, avec du sérieux, de la générosité et un peu d’amour pour le pays et les siens.
Entre temps, les clubs de football continuent paisiblement leurs emplettes et le transvasement de la médiocrité à coup de millions. Il y aurait même un club qui aurait acheté pas moins de 13 joueurs.
invraisemblable.
Mais cela est une autre paire de manches.

Par Aziz Daouda

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