Quand les inondations délivrent les Pakistanais des violences tribales

Quand les inondations délivrent les Pakistanais des violences tribales

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En août dernier, Bakhsh fut chassé de sa maison proche de Jacobabad par la montée des eaux de l’Indus, qui a débordé de son lit sur plus de 40 km, donnant à sa province du Sind des allures d’implacable océan.

Aujourd’hui, il vit dans une tente chancelante dans un camp de fortune établi sous un pont des faubourgs de la ville Sukkur, et s’en félicite.

Dans son ancien village, il gagnait pourtant bien sa vie comme travailleur journalier. Mais elle est devenue insupportable le jour où une tribu rivale a refusé qu’une de ses femmes épouse un homme de la famille de Lashari.
« Le couple a soudain disparu, et la tribu nous a tous menacés de mort », raconte Bakhsh, vêtu d’un seul pantalon bouffant traditionnel, dans sa tente.
« En temps normal, jamais nous n’aurions pu partir de là. Mais les inondations sont arrivées et nous nous sommes enfuis. C’était une bénédiction en fait. Nous n’y retournerons pas », explique-t-il.

Le camp où il a trouvé refuge fait partie des dizaines d’installations précaires installées à partir d’août 2010 par les ONG locales et étrangères et l’ONU.

Mais ces organisations les ont abandonnés une fois les inondations terminées, laissant derrière elles des tentes et abris branlants où des milliers de sinistrés ont pourtant choisi de rester.
« Ils n’ont rien à gagner à rentrer », explique Jaffer Memon, directeur d’un journal local dans la ville voisine d’Hyderabad et travailleur bénévole lors des inondations.
« Ils vont au contraire être débarrassés des conflits, rancunes, insoutenables problèmes de dettes et coutumes meurtrières, comme celle qui les oblige à marier leurs plus jeunes filles pour régler une dispute, ou à tuer leurs mères, femmes, soeurs ou filles au nom du code d’honneur », ajoute-t-il.

Deedar Ali Jatoi, un vieillard qui habitait lui aussi près de Jacobabad et a trouvé refuge dans le même camp que Bakhsh, acquiesce. Au village, sa famille était également prisonnière d’un conflit avec une tribu rivale qui a coûté la vie à des dizaines de personnes dans chaque camp.
« Nous avons décidé de ne pas y retourner », déclare-t-il au milieu des femmes qui s’affairent autour des tables de cuisines artisanales en rondins et des enfants qui jouent nus.
« Nous ne sommes que de pauvres paysans, mais en tant que membres de la tribu, nous devons suivre les avis de nos chefs et combattre les rivaux. Mais je ne veux pas voir mes enfants tués dans de tels conflits », dit-il.
« Nous avons commencé à gagner assez pour entretenir nos familles. Et nous n’irons nulle part ailleurs », conclut le vieil homme.

A Hyderabad, des centaines de victimes des inondations continuent également de camper autour du nouveau marché aux fruits.

Nombre d’entre eux y travaillent désormais, heureux de pouvoir toucher un salaire journalier pouvant aller jusqu’à 4,50 dollars, deux fois ce qu’il gagnaient auparavant.

Ceux qui sont retournés dans leurs villages sont plus amers.
« Nos maisons ont été sous les eaux pendants des mois, et sont trop instables et dangereuses pour y vivre », explique Virsingh Patel, un paysan de 34 ans d’un village proche d’Hyderabad.
« On nous a juste donné quelques briques pour reconstruire, mais nous n’avons pas d’argent pour acheter le reste et du ciment pour édifier une maison solide », regrette-t-il.

Dans le même village, Radha Kolhi, 50 ans, montre une photo de son mari, tué lors d’un conflit tribal. A la crainte des violences communautaire s’est ajoutée celle d’être de nouveau assaillie par les eaux. « Même si nous arrivons à rebâtir notre maison, la peur ne nous quittera jamais », dit-elle tristement.

AFP_________________

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