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La science progresse sans cesse et il n’est pas question de revenir sur les dons d’organes qui permettent à des malades de retrouver une vie presque normale. Quant à l’idée d’une société où le corps humain serait en intégralité disponible en pièces détachées comme dans le commerce automobile, c’est encore du domaine de la science fiction. Des questions éthiques se posent, mais pour combien de temps encore. Jusqu’où un docteur Frankenstein, version modernisée chinoise ira-t-il, sans dépasser les limites des « expériences médicales acceptables » avec « le consentement volontaire du sujet humain » selon le Code de Nuremberg.

En tout cas, le chirurgien Ren Xiaoping de l’Université médicale de Harbin envisage au mois de décembre prochain la tentative de « greffe d’un corps fonctionnel sur la tête d’un patient lourdement handicapé », selon le protocole GEMINI du professeur Sergio Canavero. Peut-être serez-vous tenté de vous écrier, « ça va pas la tête », sauf si vous vous trouvez dans une situation désespérée sans autre issue que la mort imminente. Bien sûr, l’option de changer de tête se discute, question de mentalité, de circonstances, ect. Mais surtout après réflexion sur les conséquences d’une telle opération. De plus, un receveur ne peut pas toujours supporter de vivre avec un organe qui n’est pas le sien, une main par exemple, et demandera par la suite qu’on l’opère à nouveau pour lui enlever. Avec la transplantation de la tête c’est irréversible.

Dans le passé Ren Xiaoping avait déjà tenté de nombreuses transplantations de la tête sur des souris. Les pauvres bêtes n’avaient survécu au mieux que trois heures. Mais il aurait également opéré un singe avec une réussite partielle, ainsi que des cadavres humains. Certes, ce chirurgien orthopédique a de réelles compétences reconnues pour la greffe de la main. Il peut également profiter du libéralisme de la Chine dans le domaine de l’éthique sur l’expérimentation humaine.

Ren Xiaoping est-il du genre à profiter de la situation, un docteur Maboul prêt à tout pour se faire un nom, puis finalement renoncer à l’opération, c’est du domaine du possible. Mais il peut aussi tenter le coup et dans ce cas sur qui va-t-il essayer ses talents de chirurgien. Sur un condamné à mort consentant ou non pour le corps, et à qui appartiendra la tête ; peut-être à une personne qui ne veut plus vivre sa vie et par son sacrifice faire avancer la recherche scientifique

« Canavero a choqué le monde l’année dernière quand il a dit qu’il serait prêt à transplanter une tête humaine en deux ans. Il veut que le premier patient soit un russe de 31 ans, Valery Spriridonov , qui souffre d’une maladie génétique… »

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