Radios privées: La grande désillusion

Radios privées: La grande désillusion

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Premier bouc-émissaire désigné du doigt par ces radios qui arrivent difficilement à joindre les deux bouts, la publicité, seul ressource financière sur laquelle ils doivent compter puisque l’état ne peut soutenir ni investir dans ces radios au vu de leur statut privé. qui leur fait gravement défaut et qui relève d’un pernicieux et judicieux saupoudrage pour satisfaire les copains et s’acheter le silence des autres qui ne sont pas dans les grâces des gros annonceurs. Il faut savoir , en effet,  que ces derniers  se limitent aux seuls opérateurs de la téléphonie. En effet, rarement sont pris en compte les taux d’audience réels des stations éligibles à ces campagnes publicitaires qui toment au compte-gouttes et qui ne sont octroyées et réglées  par les agences conseil qu’après un véritable parcours du combattant.

La campagne fait l’objet, avant l’envoi d’un bon de commande providentiel, de marchandages inavouables, de pressions et de mesquineries pour obtenir des réductions qui peuvent aller jusqu’à 80 % du montant facturé. Voilà pour le nerf de la guerre auquel il faut ajouter. les problèmes de recouvrement qui peut aller jusqu’à 6 mois après la diffusion de la campagne de tel ou tel annonceur.

Il faut  également relever d’autres aléas qui plombent psychologiquement la marche de ces jeunes radios vivant constamment avec une épée de Damocles sur leurs antennes en s’essayant, parfois à leur dépens, à l’apprentissage périlleux  de la liberté d’expression en direct à la radio, sous les fourches caudines du gendarme de la Haca, la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle. Ce dernier  n’hésite pas, en effet, à sévir au moindre dérapage et rappeler à l’ordre de manière très ferme les impétrants quand ils ne sont pas pénalisés par des amendes .Ces difficultés ont également pour nom, l’épineuse question des ressources humaines qui restent en nombre insuffisant et pas en adéquation avec les évolutions technologiques en raison de l’absence d’instituts de formation spécialisés. De ce fait, bon nombre de radios et leurs grilles des programmes sont déstabilisées par le turn-over du personnel d’antenne qui quitte son employeur pour son concurrent en échange dune promesse d’une légère revalorisation du salaire.

Equipements coûteux, redevances onéreuses pour la location des émetteurs et du satellite, loyers, obligation dans les cahiers de charges de couvrir les parties les plus reculées du pays, droits d’auteur, frais d’achats à longueur d’année des productions musicales, un fisc guère laxiste comme c’est le cas pour d’autres activités qui se voient accorder des délais de grâce facilitateurs en phase de lancement et de consolidation des projets…Autant de frais fixes et d’amortissement, de charges sociales qui ne permettent pas à ces opérateurs radiophoniques privés d’avoir une visibilité sur le moyen terme ni même sur le court terme ce qui risque de les conduire prématurément au dépôt de bilan pour certains d’entre eux. Déjà, les milieux de la radio bruissent de rumeurs, certainement fondées, sur des stations aux abois , qui ne parviennent plus à payer les salaires. Et dire que des porteurs de projets de création de nouvelles radios attendent avec impatience le signal de l’autorité de tutelle pour déposer leurs dossiers pour se porter candidats à des licences de troisième génération. Si l’espoir fait vivre, il reste difficile, à travers ce constat alarmant, de croire que le paysage radiophonique national, dans ses composantes publiques et privées sortira de cette crise, sachant que même le pôle étatique souffre gravement de cet état de fait , bien qu’il continue de vivre aux crochets de l’état et bien qu’il lui est désormais possible d’engranger des recettes publicitaires.

Endettés, asphyxiés, désorientés par des erreurs de positionnement et de contenus, les radios de première et seconde  génération auront prouvé finalement après avoir déjà saturé la bande FM, qu’il est bien beau de se lancer dans pareille aventure à l’issue incertaine , mais encore faut-il faire fructifier ces licences chèrement et difficilement acquises.    

Jalil Nouri

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