Rendez Shirine à sa mère

Rendez Shirine à sa mère

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Prise par le doute, je me suis rendue à sa demande au lieu de sa résidence, et là, elle a sorti un tas de documents constitués de décisions de justice, coupures de journaux et des photos, dont une sur laquelle je me suis arrêtée, photo de sa fille victime de toutes ces souffrances. Je l’ai longtemps contemplée alors que je comprenais à travers le récit de cette femme et ce qu’elle m’a montré comme écrits, que leur séparation avait duré près d’une année. Je sentais monter les pleurs alors que je regardais l’air joyeux et l’innocence de cette petite fille et que j’étais face à sa mère qui en avait été privée abusivement et de force. J’ai retenu mes larmes afin de ne pas briser le cœur de cette malheureuse, j’ai refoulé mes propres sentiments de mère et je lui ai parlé sur un ton neutre en posant des questions et en réclamant des réponses et des explications qui lèvent le voile sur ce que j’ai considéré après ma première stupeur comme étant le fruit de l’imagination.

Les réponses de Mme Khayame ont coulé de source, et j’ai été convaincue à travers ses preuves écrites et son expression fluide et sincère que toute la vérité était dans ses paroles. J’ai alors su qu’elle avait été mariée à un individu dont le milieu social et la profession laissaient supposer qu’il aurait un comportement raisonnable et sensé, mais c’est tout le contraire qui s’est produit.

Elle a vécu avec lui près de deux décennies et a eu, en plus de sa fille Shirine kidnappée, un fils proche de l’âge de raison, qui s’appelle Karim. Elle vivait avec lui comme tout un chacun jusqu’au jour où son comportement a brusquement changé, pour des raisons qu’elle n’a pas pu comprendre jusqu’à ce jour. Elle a considéré que cela le concernait lui uniquement, qu’il était libre de ses agissements, dans la mesure où selon ses dires et les documents qu’elle a montré les prouvant, elle refusait de s’associer à ses comportements bizarres et qu’elle le quittait.

Mais elle n’a pas compris qu’il a crée de toutes pièces une histoire délirante l’impliquant elle et ses enfants. Elle n’a pas compris qu’il l’enfonce dans une histoire de secte païenne qui vénère les arbres… abuse des enfants… pratique des choses anormales… et toutes sortes d’accusations surréalistes dont certains journalistes et certaines associations se sont malheureusement saisis pour répondre à l’appel du sensationnel ou qui ont oublié que la concernée était une mère. Cette presse et ces associations n’ont jamais tenté de la joindre, entendre son point de vue et voir ses preuves avant de se compromettre dans un scénario mensonger dont les conséquences seraient dangereuses pour une femme isolée, sauf dans sa volonté et sa détermination à sauver sa fille, qui est la première victime de tous ces actes. N’est-ce pas là une exploitation ignoble et infâme d’une enfant et une atteinte à sa dignité ?

Mais le pire et le plus dangereux est que la justice soit influencée et s’appuie sur une telle propagande pour émettre des jugements préjudiciables, cruels et sans fondement pour arracher une petite fille à la garde de sa mère, sachant que cette dame dispose de toutes les preuves contredisant ces calomnies,  qu’elle a des jugements qui condamnent son ex époux, le considèrent menteur et jugent ses propos d’appartenance à une secte comme étant un tissu de mensonges, mais le cri de cette dame n’est entendu par personne. N’est-ce pas là l’étrangler et l’empêcher de vivre ? N’est-ce pas là, dans le meilleur des cas, la faire sombrer dans la folie ? N’est-ce pas là un abus flagrant et une atteinte flagrante aux droits d’une enfant à la garde de sa mère qui la protège de l’isolement et de la perdition ?

J’ai su, preuve à l’appui, que cette dame a obtenu un jugement en référé ordonnant la restitution de sa fille dont elle a encore la garde, ayant la force de chose jugée comme disent les juristes, mais qui n’a pas trouvé la voie de l’exécution. Qui est alors responsable ? Qui refuse que cette mère prenne son enfant dans ses bras ? Qui veut que ce cri qui dure depuis presqu’une année persiste ? Qui place ces obstacles et ces entraves et empêche l’exercice de la loi ?

J’ai vu qu’à travers cette histoire qu’indépendamment de ce qui est arrivé à la mère, la véritable concernée est la petite Shirine qui a été sacrifiée, errant dans une destinée qui lui échappe et qu’a fabriquée de toutes pièces celui qui n’a que l’intention de se venger de Houda Khayame. Pour atteindre son but, cet homme a porté préjudice à une petite fille innocente et l’a embrigadée dans des histoires bizarres et falsifiées.

L’abus tel que je le conçois n’est pas nécessairement matériel, mais il est également moral et psychique, et si un enfant en est victime comme l’est la petite Shirine, alors les conséquences peuvent être très graves et le poursuivre toute sa vie.

Ce qui est arrivé à Shirine est encore plus grave, au vu du traumatisme de l’enlèvement dans des circonstances où elle a senti une insécurité totale, les preuves étant les déclarations de trois témoins dans le dossier enrôlé devant la Cour criminelle de Salé qui confirment les cris de l’enfant quand elle a été kidnappée, bien que son ravisseur était son père, aidé de plusieurs individus dont certains ont prétendu appartenir à la police.

Le préjudice et l’abus dont je crains les suites comme je l’ai dit précédemment, est celui de  la contrainte et l’influence de son père avec la complicité d’individus spécialisés qui ont malheureusement utilisé leur expertise à mauvais escient, et ont manipulé la petite fille, qui a été poussée à changer ses propos afin de se protéger de la malveillance de ces gens. Car comment une petite fille qui était profondément attachée à sa mère et qui dit de sa propre bouche qu’elle ne veut vivre qu’avec sa maman et qu’en plus, elle a vu son père abuser de sa nourrice lorsqu’il a pratiqué l’adultère avec elle dans sa chambre d’enfant, ainsi qu’il est mentionné dans le procès verbal de Shirine à son audition par la Brigade spéciale des mineurs de la police judiciaire française.

Tout ce que j’ai relaté n’est pas le fruit de mon imagination mais bel et bien consigné dans des procès verbaux et des décisions judiciaires que j’ai lus personnellement. Je n’ai pas fondé mon point de vue uniquement sur l’histoire de Madame Houda Khayame  mais sur l’environnement de l’enfant et les documents officiels émanant des départements concernés et qui confirment tous que cette femme a été privée injustement et abusivement de sa fille, et que cette petite fille vit dans un contexte obscur comme une prisonnière, dont l’enfance a été volée, privée de jeux en étant enfermée dans une villa en état de siège avec des caméras de surveillance intérieures et extérieures, des vigiles et des chiens de garde… Cette enfant privée aussi de sa famille, éloignée de la tendresse de sa mère, plongée dans une atmosphère malsaine, obscure et irréelle sous l’influence d’histoires délirantes et dangereuses qui sont sans fin.

Y a-t-il quelqu’un pour sauver cette petite fille parmi ceux qui portent la responsabilité de ce qu’elle vit ? Moralement nous sommes tous responsables car, comme l’énoncent toutes les conventions et les lois, qu’elles soient nationales ou internationales, la protection d’un enfant doit être prioritaire et ses intérêts au-dessus de toute autre considération. Il doit être éloigné de tout embrigadement de quelque nature que soit cet embrigadement. Et la loi doit être appliquée et exécutée à la lettre, car les jugements définitifs qui ne trouvent pas la voie de l’exécution n’ont aucun sens.

Et là, je réitère la question de façon différente et je dis qui est responsable de cette situation anormale ?

Je conclurai en disant : Rendez la petite Shirine à sa mère afin que la situation n’évolue pas en affaire dramatique où les regrets ne serviront plus à rien ! Rendez Shirine à sa mère immédiatement, et redonnez à cette petite fille la chance de retrouver très vite une vie normale.

 

Par Najat ANWAR                                                                                                                   Présidente de Touche Pas à Mon Enfant

Note : Contrairement à mes principes, j’ai mentionné la petite fille en citant son prénom, car avec l’intention de lui rendre sa dignité que certains écrits et diffusions lui avaient fait perdre, en l’embrigadant de façon illégale et dans un contexte plein de mensonges et d’obscurité.

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