Revenu à Istanbul, le « navire des martyrs » Mavi Marmara déplace les foules

Revenu à Istanbul, le « navire des martyrs » Mavi Marmara déplace les foules

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« C’est ici que Cevdet a été abattu, juste ici. Depuis le pont supérieur, là haut, c’est de là qu’ils ont tiré. » Devant la photographie de son camarade, exposée sur les lieux de son décès, Süleyman Özcan ne peut retenir un tremblement d’émotion.

 

Responsable des installations électriques sur le Mavi Marmara, le sexagénaire travaillait dans la salle des machines au moment de l’attaque, échappant au déchaînement des violences, qui ont également fait une cinquantaine de blessés.
Il guide à présent les visiteurs à travers l’ancien ferry, une visite jalonnée par les impacts supposés de balles et les traces de sang.
« Notre objectif c’est de montrer comment les soldats israéliens ont abattu des activistes désarmés qui venaient apporter en Palestine, à Gaza, de la nourriture pour enfants », explique Semsettin Ipek, un des cadres de l’association humanitaire islamiste turque IHH, propriétaire du navire.

Le Mavi Marmara a regagné Istanbul le 26 décembre, où il a été accueilli par des milliers de Turcs. Amarré au pied du palais ottoman de Topkapi, il a déjà reçu quelque 100.000 visiteurs, selon IHH, et restera ouvert au public jusqu’à mardi soir.

Pour appuyer son message, l’IHH, qui a disposé des stands avec brochures d’inscription, sébilles pour organiser des quêtes dans son quartier et urnes pour les dons, n’a pas hésité à exposer les vêtements ensanglantés de ceux qu’elle appelle ses martyrs, au milieu de jouets destinés au jeunes Gazaouites.
« Ce qui m’a le plus ému ici, ce sont les cahiers et les petits jouets, les crayons, les gommes qui devaient être offerts aux enfants. C’est pour ça qu’ils y allaient. Ils n’avaient pas de pistolets, pas de couteaux », commente Hüseyin Erkan, un fonctionnaire à la retraite venu visiter le navire.

« Je trouve qu’Israel en agissant comme elle l’a fait s’est fait autant de mal à elle qu’à nous », poursuit le vieil homme.
L’attaque le 31 mai du ferry turc, navire amiral d’une flottille humanitaire pour Gaza, sous blocus Israélien, a entraîné une condamnation quasi-unanime de la part de la communauté internationale, tandis que les soldats de l’armée israélienne impliqués dans l’assaut ont reçu des citations pour leur bravoure.

L’assaut a contribué à dégrader les relations entre Ankara et Tel Aviv, autrefois alliés. La Turquie a rappelé son ambassadeur à Tel Aviv, et réclame des excuses et compensations pour les familles des victimes, ce qu’Israël refuse.

Les femmes voilées constituent une part importante du public qui se presse sur les coursives du navire, essuyant parfois une larme devant la photographie d’un « martyr ». Elles ne sont pas les moins motivées pour appeler à de nouvelles actions.
« Ces gens ont été tués parce qu’ils ne voulaient pas rester spectateurs de l’oppression que subit le monde musulman. (…) C’est un appel à l’éveil. J’espère qu’il y aura une suite à ça, et je veux en faire partie », déclare Süheda, étudiante en psychologie.
Car l’objectif pour l’IHH est aussi de préparer une prochaine campagne, prévue pour mai, avec une flotille internationale de 50 navires pour Gaza.

Sur l’un des Livres d’Or remplis par les visiteurs, Veysel Balaban, enseignant, s’adresse aux « Saints martyrs ». « Dormez en paix dans votre tombeau, il y a des gens ici pour prendre la relève », écrit-il.
AFP

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