Rien ne va plus entre la France et le Luxembourg

Rien ne va plus entre la France et le Luxembourg

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Dernier épisode en date, des propos fort peu diplomatiques d’un sénateur de la majorité présidentielle française, Philippe Marini, assurant que le Luxembourg n’aurait pas dû exister. « J’aurais préféré qu’en 1867 Napoléon III et Bismarck aient un entretien qui débouche autrement et que le Luxembourg n’existe pas », a-t-il dit à une radio française.

 

Le Premier ministre français, François Fillon, a téléphoné à son homologue luxembourgeois Jean-Claude Juncker « pour s’excuser », a révélé lundi le ministre des Affaires étrangères du Grand Duché, Jean Asselborn. La démarche de Matignon s’est ajoutée à des propos du Quai d’Orsay qui a fait part de sa « surprise » après les propos du sénateur et fait valoir que rien ne saurait remettre en cause « l’amitié et la coopération étroite » entre les deux pays.

Dans la soirée, Philippe Marini a cherché à minimiser la portée de ces propos, assurant qu’ils avaient été « sortis de leur contexte » et qu’on leur avait donné « une ampleur excessive ».

La charge du sénateur, qualifiée de « nulle » par Jean Asselborn, est à relier aux propos peu amènes échangés ici et là sur la politique française en matière d’expulsions de Roms. La commissaire européenne chargée de la Justice, la Luxembourgeoise Viviane Reding, a vivement critiqué cette politique, allant jusqu’à faire un parallèle avec la deuxième guerre mondiale.

Elle s’est attirée en retour de vifs reproches des autorités françaises, le président français Nicolas Sarkozy lui suggérant d’accueillir dans son pays des Roms, selon des parlementaires français.
Depuis les relations entre les deux pays vont de mal en pis.

Une députée française, également du parti présidentiel UMP, Chantal Brunel, a ainsi souligné à la radio belge RTBF que la France n’avait « pas de leçons de morale à recevoir d’une commissaire qui représente un petit pays de 350.000 habitants ».

Pour Jean-Dominique Giuliani de la Fondation Robert Schuman, un centre de recherche sur l’Europe, « on ne peut pas parler de crise entre les deux pays ». « Ce sont des dérapages verbaux regrettables qui n’engagent pas la politique de la France ». « Cela me paraît devoir faire pschitt assez rapidement ».

Au Luxembourg, où le combat français contre les paradis fiscaux est encore dans les mémoires, ces dérapages sont pourtant très mal vécus. Jean-Claude Juncker, dont la candidature à la présidence de l’UE avait été contrecarrée par la France, a jugé « pas convenables » les déclarations attribuées à Nicolas Sarkozy.

Il s’en est pris aussi à des propos de son secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, qui avait critiqué le ton de Mme Reding. « Je n’accepte pas les propos de certains ministres français qui nous expliquent qu’un commissaire venant d’un petit Etat membre n’a aucun droit de faire la leçon à un grand Etat membre », a ainsi souligné le Premier ministre luxembourgeois.

La mise en cause par Paris du Luxembourg pour des propos tenus par la commissaire européenne est plutôt surprenante. Membre de l’Union européenne, de l’Otan, le Luxembourg est une voix dans le concert des nations sur laquelle la France s’est souvent appuyée dans le passé.

S’en prendre aux Luxembourgeois après les déclarations de Mme Reding équivaut à « un contre-sens absolu » en raison de l’indépendance des commissaires avec leur pays d’origine, dénonce Sylvie Goulard du Mouvement européen, une association militant pour la construction européenne. « Utiliser la taille du pays est aussi particulièrement choquant », juge-t-elle, en espérant que les excuses françaises permettent de « fermer la page » de la brouille.

AFP

 

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