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Il est des crises qui ne font pas beaucoup de bruit mais à cause des humeurs lourdes qu’elles installent, elles sont capables de changer la donne géopolitique. Celle qui brûle actuellement, de manière plus ou moins sournoise, entre Le Caire et Ryad est de cet acabit. Son dernier indicateur fut lorsqu’il a été annoncé par les autorités saoudiennes la décision de cesser der fournir l’Egypte en matière pétrolières, sous forme de dons ou de tarifs extra préférentiels.
Rien ne va plus entre l'Egypte et l'Arabie saoudite
L’autre sujet de divergences stratégiques entre Egyptiens et Saoudiens fut sans conteste la crise syrienne. Tandis que la diplomatie saoudienne s’échinait à exercer une grande pression militaire et diplomatique sur le régime de Bachar Al Assad pour l’obliger à passer la main et entamer une période de transition dans laquelle l’opposition syrienne aura son rôle à jouer , l’Egypte s’active dans le camp adverse à vouloir à absolument sauver la mise au régime syrien.

Récemment au conseil de sécurité, la diplomatie égyptienne s’est offert le luxe et l’impertinence de voter pour le projet de résolution russe que pays européens, pays du golfe et américains combattaient. L’Arabie saoudite a dû briser tous les codes diplomatiques pour faire savoir son amertume. Son ambassadeur aux Nations Unies a eu cette mémorable saillie en affirmant qu’il était « pénible que les Sénégalais et les Malaisiens aient des positions plus proches du consensus arabe, que celle du représentant arabe (au Conseil de sécurité, l’Egypte).

Quant au président Sissi, commentant cette crise , il leva l’étendard de la souveraineté . Apres avoir affirmé : »Nous tenons beaucoup à nos relations historiques avec nos frères dans le Golfe »mais « dans le cadre du respect mutuel de la souveraineté » des pays, il enfonça là clou qui indique que la crise entre Le Caire et Ryad est de la profondeur que les commentateurs redoutaient: « Si l’on veut une véritable souveraineté dans les prises de décision, il faut savoir que les nations qui sont souveraines dans leurs décisions souffrent, elles souffrent beaucoup (…) Ceux qui veulent exercer leur libre-arbitre doivent endurer ».

La position égyptienne traduisait certes un rapprochement notoire avec les russes depuis que l’administration de Barack Obama boudait ostensiblement le régime d’Abdelfatah Sissi, mais elle traduit surtout un défi et une rupture dans les amitiés traditionnelles et obligées qui liaient l’Egypte à l’Arabie saoudite. Signe des temps qui ne trompent pas, des parachutistes russes doivent d’ailleurs participer, -entre le 15 et le 26 octobre, à des manoeuvres militaires communes, avec l’armée égyptienne, dans le désert, à l’ouest d’Alexandrie.

L’autre sujet qui empoisonna durablement la relation entre saoudiens et égyptiens est le refus de l’Egypte de mettre des troupes à la disposition de la coalition qui combat les Houtistes pro iraniens au Yémen. Cette situation donna la certitude à la direction saoudienne que son allié égyptien sur lequel elle avait misé à coups de milliards de dollars l’avait lâché en rase campagne, au moment crucial oú elle avait le plus besoin de lui dans sa décisive guerre d’influence contre l’Iran.

Et la question qui taraude aujourd’hui les esprits est à double tranchant: comment l’Égypte pourra-t-elle se débrouiller pour supporter cette absence d’aide saoudienne qui risque d’aggraver sa crise économique et à accentuer les contradictions sociales ? Et comment l’Arabie saoudite pourra-t-elle réagir en voyant un allié de la taille et du poids de l’Egypte s’éloigner de sa sphère d’influence et rejoindre le camp de ses détracteurs au point d’envisager de normaliser ses relations avec l’Iran, un des pires challengers des saoudiens dans la région?. De ce bras de fer diplomatique entre deux influents pays arabes qui tend plus vers une rupture déguisée, dépendra la physionomie des futures alliances dans la région.

Source: atlasinfo.fr

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