Sexe : ce que les femmes n’osent pas dire

Sexe : ce que les femmes n’osent pas dire

1087
0
PARTAGER

 

Si la sexualité n’est désormais plus un tabou pour les femmes, pourquoi ont-elles tant de mal à exprimer ce qui les fait jouir alors qu’elles sont les premières à parler de ce qui ne va pas ?

La sexualité n’est plus un tabou, mais elle l’a été pendant longtemps. Quand elles ne travaillaient pas, les femmes avaient pour projet principal de créer et de fonder un foyer. Pour y parvenir, il leur fallait sécuriser la relation, rassurer l’homme sur leur fidélité et sur sa paternité. Il ne fallait donc pas être la salope qui pense au sexe, à son plaisir. Il fallait être la mère, tout entière tournée, dévouée au corps de l’autre, celui de son enfant. Pendant longtemps, les femmes ont donc verrouillé leur désir et se sont tues : elles s’imaginaient qu’en n’en parlant pas, il disparaîtrait. Ce qui est archifaux : ce n’est pas en faisant silence que nous pouvons nier la réalité. Ce n’est pas parce qu’une femme ne parle pas de sexualité qu’elle n’est pas animée de sexualité. Au contraire. Se taire la fait même tambouriner dans les coins. Aujourd’hui, les femmes parlent de sexualité avec leur partenaire, mais rarement en leur nom propre. Elles discutent en revanche très volontiers de ce qui ne va pas chez l’autre, de ce qui ne va pas dans la relation. Elles sondent les hommes, qui finissent par se perdre dans des échanges interminables. Ils sont en difficulté dans ces discussions, qu’ils préfèrent fuir. Le droit aux pleurs, à la souffrance, fait plus partie de l’éducation des femmes, qui sont tout à fait prêtes à les accueillir, à les explorer. Elles interrogent l’autre pour savoir ce qui ne va pas, cherchent à comprendre, à s’adapter pour le rencontrer et préserver le lien. Elles ont une grande capacité de repositionnement par rapport à lui. Ce qui les place évidemment dans une position maternelle.

Des premiers textos échangés aux confidences sur l’oreiller, les mots ont une formidable puissance érotique. Comment pratiquer cette conversation amoureuse ?

Cette valeur accordée à la « communication », cette position maternelle n’agissent-elles pas au détriment du désir ?

Cela complique singulièrement la sexualité, cela va sans dire. D’abord à cause de cette fonction de mère qu’elles endossent, ensuite parce que le questionnement est une façon pour elles de pénétrer l’autre. Se mettre dans cette position de pénétration vis-à-vis d’un cerveau masculin, c’est extrêmement jouissif. Aller voir ce qu’il y a là-dedans, demander « pourquoi ? », « comment ? », « raconte-moi tes secrets » les excite… Mais elles se retrouvent souvent face à un mur. Car l’homme reste très étranger à lui-même, à ses sentiments, à ses sensations, et ouvrir ce pan-là de sa vie à une femme, alors que lui-même n’y a pas accès, lui est difficile. Il y a donc un hiatus : les hommes n’aiment pas quand les femmes commencent à essayer de jouer au psy. Ils n’aiment pas leurs questionnements et leurs tentatives d’intrusion mentale, car ils sentent une volonté de les percer à jour. Pour résumer, chaque sexe essaie de pénétrer l’intimité de l’autre. Les femmes tentent d’entrer dans la tête des hommes et les hommes dans le sexe des femmes. Ce qui pose problème aux deux : les hommes étant pour des raisons culturelles loin de leurs émotions, les femmes étant, elles, loin de leur sexe.

Actu-maroc.com ______________________________________

Pour vos publications et vos courriers : actumaroc@yahoo.fr

Commentaires