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Il est des sujets dont je n’aime pas beaucoup parler. Ils sont bien délicats pour l’ancien responsable sportif que je suis.
Ce qui m’a poussé à en faire le thème de ce vendredi c’est qu’une fédération royale marocaine se soit insurgée, martelant qu’elle n’est pas heureuse de la préparation olympique de ses sportifs. Cela est consigné dans le rapport moral présenté lors de son assemblée générale, tenue voilà quelques jours.

Rio est maintenant visible à bas bord.
Ce cri de désespoir ne servira donc à rien.
Il vient trop tard.

Voilà sept années, un programme de préparation pour les jeux de Londres avait été lancé en grande pompe, avec pour une fois des budgets conséquents, mais peut être aussi beaucoup de réunions, énormément d’effets d’annonce et une over dose de communication. Les résultats vont démontrer qu’il n’y avait pas de stratégie étudiée, ni que les objectifs aient été réalistes, ou encore que la vison technique ait été adaptée et efficace.

Devenus subitement riches, on a dépensé à tour de bras. On a pensé alors, à tord surement, avoir dépassé la situation incompréhensible que traversait et que traverse toujours notre mouvement sportif.
L’argent comme une Providence, conjugué avec une grosse dose d’enthousiasme, devaient régler tous nos problèmes.

A quelques mois des jeux de Londres, voilà donc quatre années exactement, on s’était rendu compte qu’on avait fait fausse route. On dira alors qu’en fait c’était les jeux de Rio qu’on voulait préparer, ceux de Londres étaient trop proches.
Sage décision pouvait on comprendre.

Seulement voilà, les résultats de Londres ayant été ce qu’ils ont été, comme traumatisé et sans doute avec un sentiment très lourd de culpabilité, plus personne n’a parlé de l’ambitieux programme de préparation olympique.
Londres avait été raté et Rio quasiment oublié.
Le programme était ainsi de facto enterré.

La fédération royale marocaine en question vient donc de jeter un gros cailloux dans la mare. Je salue son courage. Elle ne pouvait pas mieux faire si seulement on ne pouvait pas lui reprocher de se débiner ainsi, de botter en touche, rejetant la responsabilité sur sur les autres, sur les autres seulement.
Elle a sans doute raison d’agir ainsi à partir du moment où elle sera comptable des résultats olympiques de ses sportifs devant l’opinion publique, sauf qu’elle se trompe énormément quand elle personnalise le problème et cite nommément deux personnalités sportives comme responsables de la situation.
Je ne sais pas quel est le degré d’implication des deux personnalités cités mais du moment ou l’on agit ainsi, on court le risque de vider sa revendication de son contenu.
Le problème devient personnel.

Ce que tous le monde sait par contre, c’est que le pauvre département des sports a connu les plus gros soubresauts de son histoire pendant ces dernières années. Il a quasiment connu cinq patrons en deux olympiades. Un record digne du Guinness.
Et comme de coutume, chez nous, il n’y eu pas de continuité, les ministres préférant faire fi de ce qui a précédé et repartir à zéro. Il est donc parfaitement normal que l’on soit aujourd’hui dans la situation de ne pas espérer grand chose aux jeux de Rio.

J’aurais tant aimé que cette fédération et les autres voient les choses de cet angle là et disent clairement leur ras le bol de voir le sport, balloté d’un ministre à l’autre, d’un parti à l’autre.
J’aurais tant aimé voir cette fédération et les autres prendre leur courage à bras le corps et dire ouvertement qu’il est tant que le sport soit extrait de la sphère politique et qu’il soit confié à une administration de mission capable de s’inscrire dans la continuité et bien sur de recourir à la technicité requise pour qu’enfin on puisse parler de préparation olympique véritable et que notre jeunesse puisse exprimer comme elle en est capable son talent.
Tout récemment Rabii vous dira qu’il est bien le fruit d’une vison, d’une stratégie qui a débuté par une bonne détection et qui s’est prolongée par une préparation adaptée. Lui est prêt pour les jeux de Londres et est la preuve que l’on sait faire.
En fait j’aurais peut être mieux fait de parler de Hmad Amentak qui nous a quitté mardi passé. Il était le dernier, sans doute, d’une lignée de grands poètes et de chansonniers marocains du Souss, comme le fut son maître Raiss Belaïd ou encore Omar Ouahrouch. D’autres le feront sans doute mieux que moi. Avec cette disparition, c’est tout un pan de la culture orale du pays qui s’en est allée à jamais.
Mais cela est une autre paire de manches.

Par Aziz Daouda

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