Sud-Soudan: les démineurs à la tâche dans les faubourgs piégés de Juba

Sud-Soudan: les démineurs à la tâche dans les faubourgs piégés de Juba

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Jebel Kujur fut entre 1992-1994 l’un des champs de batailles de l’interminable guerre civile entre le Nord et le Sud.
« Cette montagne peut être appelée une zone commerciale –beaucoup viennent ici briser la roche pour en faire des moellons– et très bientôt, ce sera un nouveau quartier », explique Akech Athieu, démineur vétéran.

 

Immigrés kényans et ougandais, ainsi que les plus miséreux des ex-réfugiés Sud-Soudanais de retour au pays, passent des jours ici à briser la roche sous un soleil de plomb et à pousser des cailloux à flanc de montagne.
« Parfois, de vieilles munitions explosent. Mais quand vous avez faim, vous ignorez ce risque », raconte Athieu, technicien pour le Mine Advisory Group (MAG), l’une des ONG impliquées dans le déminage au Sud-Soudan.

Abrité à genoux derrière un rocher, il crie des instructions à ses hommes, qui tentent de déplacer en douceur, à l’aide d’une longue corde, un obus anti-char de 122 mm.
Ce jour-là, 83 mines ou munitions non-explosées ont été récupérées par les démineurs du MAG, puis détruites dans une explosion contrôlée sur un site de démolition, à une heure de route de Juba.

Selon l’ONU, près de 600 champs de mines ont été recensés au Sud-Soudan, soit une surface totale de 250 km2. Au moins vingt-trois personnes ont été tuées et 53 blessées en 2010 par ces vestiges de la guerre civile, alors que de nombreux incidents ne sont pas recensés.
Si les opérations de déminage sont relativement aisées dans les zones rurales de l’immense Sud-Soudan, il en va différemment à Jebel Kujur, où les démineurs du MAG sont confrontés à l’expansion urbaine et au retour des réfugiés. Le contact avec les communautés locales y est déterminant.
Entre les piles de moellons entassés par les travailleurs de force, des bandes de plastique rouge et blanc signalent les zones à risque.

Les habitants préviennent les équipes du MAG à la moindre découverte suspecte. Et plus les réfugiés reviennent, plus on trouve de munitions.
« Nous nous appuyons sur les communautés. Il est apparu ces derniers mois que Jebel est un endroit assez dangereux », explique Ruairi McDermott, directeur du MAG Soudan.
Rassemblés à l’ombre d’un immense manguier, des maçons participent à une formation pour reconnaître munitions, obus et mines anti-personnel, éviter les zones à risque et savoir comment réagir en cas de découverte de l’un de ces engins de mort.
« La plupart ne sont pas au courant. Ils viennent de régions voisines ou sont revenus récemment à Juba », souligne Paulino Malangi, en charge des relations avec les communautés.

Abdulatif Sandi, migrant ougandais, travaille à Jebel Kujur depuis trois ans: « nous avons trouvé beaucoup de munitions non-explosées ici, il y avait parfois des accidents », raconte-t-il.
« Quand les démineurs du MAG sont arrivés, ils nous ont dit de mettre des marques, nous ont donné des cahiers pour reconnaître ces armes. Maintenant, les communautés font très attention ».
Les accidents surviennent cependant régulièrement. Une femme a été récemment grièvement blessée par l’explosion d’un obus enterré sous son feu de bois.

La majorité des 150.000 réfugiés Sud-Soudanais qui viennent de rentrer dans leur pays, sont aujourd’hui installés dans ces nouveaux faubourgs de Juba.
« Les gens vont continuer à venir et à casser la roche », assure Athieu. D’où l’importance de nettoyer Jebel Kujur, et les autres zones piégées. Pour l’agriculture, comme pour la construction des futures routes, « le déminage est prioritaire pour le développement du Sud-Soudan », estime-t-il.

AFP

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