Sur « le trottoir de l’apocalypse », Yassine Adnane fixe le néant en renversant...

Sur « le trottoir de l’apocalypse », Yassine Adnane fixe le néant en renversant l’univers

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–(Par : Nizar Lafraoui)–

Orné par une belle couverture illustrant un tableau de Tibari Kantour, le recueil englobe six poèmes façonnant des visions de vie, d’amour et d’existence où Yassine Adnane, le poète, semble attendre son apocalypse à lui, impatient d’entrevoir la fin de ce voyage de déception et de lassitude.

Il se sert des poèmes pour jouer le rôle du témoin de la fin du monde, de la disparition de l’action, de l’anéantissement des objets, du retrait des âmes et des corps dans un instant de stupéfaction anthologique.

Le recueil est en fait une célébration de deux apocalypses: personnelle et universelle. Une dualité qui pose la question de la primauté de l’une sur l’autre.

S’agit-il de ce vÂœu de renversement de l’univers qui a été nourri par les revers successifs d’une vie courte et rêche?. Des échecs interprétés par Yassine Adnane dans La Biographie de Tarfa Bnou Laabad. Ce poète de la Jahiliya qui avait rendu l’âme à l’âge de 27 ans, alors que notre poète dépasse, au moment de l’écriture du poème, le seuil des 30 ans, envahi par un ennui accablant. Ou bien s’agit-il d’un resserrement des horizons, d’une contraction de l’univers avec les êtres à son bord, d’une asphyxie de créatures ployant sous le fardeau de l’impéritie, de manière à bloquer toutes les issues menant vers le retranchement dans le foyer du destin individuel ou la jouissance d’un brin d’égoïsme en marge de la grande déchéance ?

« ô univers, toi, seul, tu sais que je suis simplement une erreur dans le livre de l’univers, un paquetage de péchés sur un épouvantail à deux jambes. Ma vie n’était que griffonnement d’un enfant sur la porte des toilettes de l’école, mon ciel n’était que toiture de mes échecs « (p35), écrit Yassine dans  » Zahrat Oubad Al Yaass  » (fleur des prêcheurs du désespoir « .

Une musique triste de négation de la vie se fait alors de plus en plus forte, s’apparentant à un gémissement silencieux :

« J’en peux plus. J’en peux plus vivre en détail. J’en peux plus serrer les mains des autres. J’en peux plus de Bonjour et du froid, des verbosités stériles. J’en peux plus de ces funérailles dites Vie  » (p40).

Sur la voie de l’assombrissement de la scène apocalyptique et du recensement des dégâts de la vie, Yassine Adnane séduit progressivement ses lecteurs pour partager des aventures débutant par des petites pertes en vie en s’achevant par un déclin atroce dans le piège de la métaphysique de l’absence.

Dans son premier poème  » Bouhayrato Al Oumyane  » (le lac des aveugles), Yassine Adnane s’adresse à une ancienne bien-aimée, lui adressant moult reproches et interrogations héritant un sentiment de regret et de culpabilité et une conviction d’inaptitude à faire partie de l’univers des amants.

Son deuxième poème  » Sayyadoun Bi Koumssane Al Hassad  » ( des pêcheurs en tenue de moisson) plonge dans une profondeur humaniste et sociale célébrant le pêcheur. Le poète y dégage un fort écho issu de l’imaginaire collectif liant ces hommes de la mer aux légendes, aux énigmes et aux histoires: « le soir, en revenant du port à leurs foyers, un par un, ils semblent attrapés par la peur, bouleversés comme un jeune arbre, poussant nulle part « .(p23).

Avec une recrudescence rythmique et une suite d’images fracassantes, dignes d’un univers apocalyptique se nourrissant de légendes, de patrimoine religieux et philosophique et de classiques de la littérature mondiale, le poète entraine son lecteur dans un exercice visuel proche du septième art.

Comme une sorte de voyage du sensuel à l’imaginaire, le poème baigne dans un exercice d’imagination de scènes apocalyptiques, avant de les avoir saisies. La vie -corps, mouvement et sens- se retire laissant la voie à un mélange de sentiments d’ébahissement, d’incapacité et de repli devant le destin.

Dans son poème principal « le trottoir de l’apocalypse « , Yassine Adnane retrousse ses manches dans une conquête narrative, certes, mais qui ne l’empêche pas de faire jaillir son coté poétique et musical. Comme ses ancêtres Marrakechis, il est entrainé à apprécier, avant d’écrire, et à faire du feed-back du lecteur le stimulus d’un rythme saccadé et de sa stupéfaction un glissement vers la quête du plaisir des éléments du conte, avant d’aboutir, enfin, à une danse collective similaire aux obsèques de l’existence.

En mélangeant les couleurs de son apocalypse, Yassine Adnane extermine les liens logiques et statiques entre les éléments et les refaçonne de manière simple et non simpliste.

Il opte pour une construction en métaphores et autres figures stylistiques et une composition de langue et de sens, qui ne se met au clair et ne dévoile son excentricité qu’une fois assimilée et bien approfondie.

En se préparant à poser ses armes, le poète veut transformer la contrainte de la disparition imminente à un instant de témoignage poétique, dans un exercice faisant de la langue son dernier refuge face au destin dramatique du cyclone apocalyptique. Il espère se libérer du sentiment humain de l’ébahissement de la Scène Finale pour tenteràd’écrire un poème :  » Je ne fais plus la différence entre (…) l’hurlement de la louve et l’amour, je ne sais plus si c’est Babel ou new York, la rose du sable ou la fleur d’électricité ? « . (p86).

Des images cruelles d’un être en retrait, un assemblage impossible entre la conscience de l’existence et le processus de disparition, le report du départ de la conscience en attendant de vivre la parturition de l’absence dramatique de l’être.

« Le monde avait fermé son livre et s’était retiré vers l’extérieur aveugle, alors que les canines de la confusion me dévorent. Les sentiments m’ont quitté successivement, le sentiment que j’existais. Et le sentiment que je ne reviendrai plus et le sentiment que portais une chose qui s’appelait le corps « .(le trottoir de l’apocalypse.(P 87).

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