Egypte: Noël copte sous tension après les électionsEgypte: Noël copte sous tension...

Egypte: Noël copte sous tension après les électionsEgypte: Noël copte sous tension après les élections

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Tensions confessionnelles et discriminations

La situation des coptes, les chrétiens pour la plupart orthodoxes établis depuis 13 siècles en Egypte, s’est nettement dégradée depuis une trentaine d’années, et notamment avec l’arrivée de Sadate au pouvoir qui a toléré des mouvements islamistes pour contrer la puissance des nationalistes nassériens. Les violences – incendies d’églises, souvent provoqués par de petits groupes, ou des histoires de quartiers, notamment en Haute-Egypte – se sont multipliées ces dernières années.

Les coptes se sentent discriminés : la Constitution, dans son deuxième article, stipule que l’islam est la principale source de législation ; les lois qui régissent la construction des églises sont différentes de celles qui prévalent pour les mosquées ; la conversion à l’islam est possible, mais la conversion de l’islam à une autre religion est interdite. L’accès à certains postes à responsabilité notamment dans la fonction publique, l’armée, la justice, ou la direction des universités est bien plus difficile… Dans un contexte de crise économique, les tensions sont ravivées, et la tendance des deux tiers des voix pour les partis islamistes lors des élections parlementaires qui viennent de s’achever, ne rassure pas les Coptes. 

Solidarité des musulmans pour protéger les églises

Après les attentats d’Alexandrie le 31 décembre 2010, une large majorité de musulmans avaient été choquée par cette violence. Ils s’étaient spontanément rendus devant les églises, formant des chaînes humaines pour les protéger le soir de Noël.

Cet élan de solidarité s’était ensuite exprimé place Tahrir lors de la révolution fin janvier 2011 avec des affiches mariant le croissant et la croix et des inscriptions « musulmans et chrétiens, main dans la main ».
Cette fois encore, la solidarité semble être de mise, comme le souligne Samer Soliman, professeur d’économie politique à l’université américaine du Caire. Il est lui-même copte, non pratiquant, mais il suit de près ces questions. « Il va y avoir des sit-in de protection des églises, ils ont fait la même chose pour le Nouvel an. Il y a des tensions, mais on peut remarquer ces tentatives de certaines forces populaires d’afficher leur soutien envers les coptes ».

L’invitation du pape Shenouda III à la messe de minuit

Le patriarche de l’église copte orthodoxe, Shenouda III, a lancé une invitation fin décembre à tous les partis politiques à assister à la messe de Noël ce vendredi soir 6 janvier 2012. Les Frères musulmans ont accepté l’invitation, mais les salafistes ont décliné. Selon Mustapha Kamel al Saïed, professeur de sciences politiques à l’université du Caire, ce n’est pas pour autant qu’ils seront à l’origine de violences contre les églises ce vendredi, ils auraient même envoyé un message – notamment le parti al-Nour –  condamnant les attaques contre des églises ou des citoyens coptes. De fait, ces violences qui se sont multipliées ces derniers temps sont souvent le fait de groupes extrémistes composés de gens peu éduqués, des deux côtés, qui ont de part et d’autre le sentiment que leurs droits sont bafoués.

Des violences souvent impunies malgré des lois anti-discrimination

En janvier 2010, six coptes et un policier avaient été tués par balle à la sortie d’une messe de Noël en Haute-Egypte à Nag Hammadi. Mi-janvier 2011, pour la première fois, celui qui était considéré comme le cerveau de ces attaques a été condamné, par une cour, à la peine capitale. Mais pour les attentats d’Alexandrie, l’enquête est figée, un an après, ils n’ont toujours pas été élucidés, personne n’a été jugé pour ces actes.

Cette année, l’évêque copte orthodoxe de Nag Hammadi Mgr Kyrillos a dit avoir reçu des menaces d’attaques lors des célébrations de Noël.
Pour remédier à ces violences, des législations anti-discriminations ont été promises et adoptées, dont la toute dernière mi-octobre 2011, une loi présentée une semaine après les violences à Maspero près du ministère de l’Information au Caire, où 27 personnes, principalement des chrétiens coptes, ont été tuées. C’était lors d’une manifestation de coptes suite à la destruction d’une église construite sans permis selon les autorités, des vidéos montrant des chars de l’armée écrasant des manifestants avaient d’ailleurs fait le tour du Net. Mais les mesures anti-discrimination qui devaient, entre autres, permettre d’accélérer les procédures de légalisation d’églises construites sans autorisation, ne sont pas encore appliquées.

De leur côté, les Frères musulmans, eux, veulent le pouvoir, et ils font tout pour rassurer, comme l’explique Mustapha Kamel al-Saïed. « Ils essayent même de montrer qu’ils ne sont pas opposés aux candidats coptes. Le vice-président du parti Liberté et justice est un copte, ce n’est pas un copte orthodoxe, mais c’est un chrétien. Ils ont déclaré aussi leur préférence pour un gouvernement de coalition avec d’autres partis politiques dans lesquels il y aurait des personnalités coptes ».

La priorité des Frères musulmans est de s’assurer le pouvoir sans heurts

Le patriarche de l’église copte orthodoxe Shenouda III avait appelé les coptes à voter pour des partis laïcs, sans plus de précision.
Il faut rappeler que contrairement au parti Liberté et justice des Frères musulmans ou aux partis liés aux salafistes, il n’y a pas eu de création de partis coptes.

Les électeurs se sont donc ralliés, selon les régions, à différentes formations – comme le Bloc Egyptien, Free Egypt ou encore La Révolution Continue –  ou aux indépendants, allant parfois jusqu’à voter pour le parti Liberté et justice pour contrer les salafistes dans leur région.

Selon Samer Soliman, ni les mouvements islamistes, ni le Conseil supérieur des forces armées n’ont intérêt à raviver les tensions contre les coptes. « Maintenant, l’intérêt des islamistes est de maintenir la paix et la sécurité parce qu’ils se préparent au pouvoir. Ils n’ont donc aucun intérêt à déclencher des attentats contre les chrétiens. Même chose concernant la principale tendance du Conseil supérieur des forces armées qui veut s’assurer que le processus de transition sera mené à son terme pour ensuite partager le pouvoir avec les forces islamistes. Donc si des attentats se produisent, je pense que ce sera dû à des groupes qui ne veulent pas que le processus de transition continue ».

L’enjeu sera, pour les coptes, de savoir de quelle façon les partis islamistes – majoritaires à l’issue des élections parlementaires qui viennent de s’achever – arbitreront lors de la révision de la Constitution.

 

 

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