Syrie: le nouvel hiver des réfugiés

Syrie: le nouvel hiver des réfugiés

263
0
PARTAGER

Ils se préparent à affronter un nouvel hiver loin de chez eux. Depuis le début du conflit, il y a 21 mois, les Syriens fuient les violences qui secouent leur pays. Principale destination : les Etats qui se trouvent de l’autre côté de la frontière souvent traversée à pieds, avec juste quelques vêtements sur le dos.

Selon le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), environ 150 000 Syriens sont enregistrés ou en attente d’enregistrement au Liban et en Jordanie, 140 000 en Turquie, 70 000 en Irak. Ils sont aussi 10 000 en Égypte. Des chiffres qui ne prennent pas en compte les centaines de milliers de personnes qui ne se sont pas signalées auprès de l’ONU. Et qui ne cessent d’augmenter.

« Nous ne nous attendons pas à une baisse prochaine du nombre de réfugiés arrivant dans les pays de la région, explique Ron Redmond, porte-parole du HCR en Jordanie. Il y a à l’intérieur de la Syrie des centaines de milliers, voire quelques millions de personnes déplacées en raison de l’insécurité. Il est possible qu’elles quittent le pays dans les prochains mois : beaucoup manquent de tout, de nourriture, d’argent… Au cours des deux dernières nuits, 2 000 personnes ont traversé la frontière. C’est le nombre le plus élevé depuis septembre. »

En dépit de la générosité des États de la région, les conditions de vie des réfugiés dans leur pays d’accueil restent précaires. L’hiver rend leur quotidien encore plus difficile.

« Les besoins de ces Syriens ne sont pas satisfaits, insiste Ron Redmond. Il commence à faire froid dans la région ; la nuit, il gèle. Beaucoup de réfugiés n’ont rien pu emmener avec eux, beaucoup sont traumatisés, certains sont blessés. Ils ont besoin d’abris chauds, de vêtements, des soins médicaux, de soutien… »

Dans le camp de Zaatari, ouvert fin août dans le désert situé au nord de la Jordanie, le froid est là aussi la principale préoccupation des quelque 40 000 réfugiés. Si 2 500 mobil-homes ont été installés, ils ne pourront accueillir tous ceux qui vivent actuellement sous des tentes.

Sur place, les équipes du Programme alimentaire mondial distribuent des rations alimentaires. Dans la rue principale du camp, de petites boutiques ont ouvert, quelques coiffeurs… Des médecins de l’armée française et marocaine assurent la prise en charge des soins médicaux. Des membres de l’ONG française Gynécologie sans frontières reçoivent également des femmes en consultation.

« Ces femmes sont en général en bonne santé, explique le docteur Xavier Duval-Arnould, chef de mission de Gynécologie sans frontières. Mais même si elles s’améliorent, les conditions sont dures. Il n’y a pas de chauffage dans les tentes et pas encore d’eau chaude dans les sanitaires. Et il fait maintenant très froid… »

Au cours des 3 dernières semaines, Xavier Duval-Arnould a vu naître 27 enfants. La majorité de la population de Zaatari a moins de 17 ans. Une école flambant neuve accueille désormais 4 000 de ces jeunes.

« L’école est le lieu où un semblant de normalité réapparaît dans la vie de ces enfants, raconte Dominique Hyde, représentante de l’Unicef en Jordanie. La semaine dernière, j’ai rencontré une petite-fille, Souha, 9 ans. En Syrie, en rentrant de l’école, elle a découvert un jour sa maison détruite par des bombardements. Des histoires comme celle-ci, nous en entendons tous les jours. Quitter son pays, sa maison, sa famille, dans des conditions précaires, c’est très difficile pour ces enfants. Arriver dans le camp, se retrouver dans une tente alors qu’ils vivaient dans une maison ou un appartement, cela représente un véritable défi. »

Si 40 % environ des réfugiés syriens dans la région vivent dans des camps – comme en Turquie ou au Kurdistan irakien notamment -, la majorité d’entre eux sont hébergés chez des proches, dans des écoles, des mosquées, des abris. Ceux qui en ont les moyens louent des appartements.

Au Liban par exemple, où l’on compte déjà une douzaine de camps de réfugiés palestiniens, le gouvernement refuse l’ouverture de camps pour les Syriens. Pour les organisations humanitaires, le défi est là aussi de permettre aux réfugiés d’accéder à des abris satisfaisants pour passer l’hiver.

« Beaucoup de familles vivent dans des bâtiments en construction, avec des murs qui manquent, des fenêtres qui manquent, des sanitaires qui manquent, témoigne Hassan El-Sayed, chef de mission de l’ONG Première urgence-Aide médicale internationale à Beyrouth. D’autres vivent dans des garages, d’autres encore dans des maisons ou des appartements délabrés avec des toits qui fuient, pas de salle de bain… On estime que 40 % des réfugiés syriens au Liban ont des besoins en termes de logement. »

Depuis le début de la crise syrienne, ce sont essentiellement les pays de la région qui viennent en aide à ces populations. Aujourd’hui, l’ONU et les gouvernements de ces Etats répètent qu’ils ne peuvent continuer à assumer seuls ce fardeau. Selon le HCR, à peine la moitié des 370 millions d’euros nécessaires pour couvrir les besoins des réfugiés de septembre à décembre a été financée par la communauté internationale. Et un nouvel appel aux dons va être lancé pour 2013…

Outre l’aide financière, l’Union européenne aurait d’autres moyens de soutenir les réfugiés : elle pourrait ouvrir ses frontières et mettre en place un programme de réinstallation d’urgence en Syrie, affirme Pierre Henry, directeur général de l’association France Terre d’asile. En 2012, seuls 11 000 demandes de visas ont été déposées par des Syriens auprès de l’Union européenne.

« On peut s’étonner qu’il n’y ait pas de plan d’accueil d’ensemble mis en place par l’UE, dénonce Pierre Henry. Des programmes de réinstallation d’urgence avaient été instaurés lors de précédentes crises, comme lors du conflit au Kosovo en 1999. Il y avait aussi eu une opération spécifique des réfugiés chrétiens d’Irak en 2010. L’UE se contente de discours mais ne facilite pas l’arrivée de Syriens sur son territoire. »

 

actu-maroc.com_________________

 

 

Commentaires