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Tariq Ramadan incarcéré

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Le théologien suisse Tariq Ramadan a été mis en examen vendredi à Paris pour viols et incarcéré au terme de deux jours de garde à vue dans une affaire qui a ébranlé la communauté musulmane en France et fait chuter un intellectuel aussi influent que contesté. Visé par deux plaintes, Tariq Ramadan a été mis en examen pour viol en 2012 et viol en 2009 sur une personne vulnérable, a-t-on appris de source judiciaire. L’islamologue de 55 ans a demandé que son placement en détention provisoire fasse l’objet d’un débat entre le juge des libertés et de la détention (JLD) et sa défense. Dans l’attente de ce débat qui doit avoir lieu dans les quatre jours, il a été incarcéré.

« Après une enquête minutieuse de trois mois, une garde à vue de 48 heures, une confrontation avec ma cliente qui a permis de confondre Tariq Ramadan sur certains points, on a franchi une étape importante avec cette double mise en examen », a commenté auprès de l’AFP Me Eric Morain, conseil de « Christelle », l’une des plaignantes.

Le scandale avait éclaté fin octobre, après les dépôts de plaintes, à la suite du scandale Weinstein aux Etats-Unis, de deux anciennes admiratrices de Tariq Ramadan. Les deux femmes, qui pensaient avoir trouvé un guide spirituel chez ce brillant orateur, y dénonçaient avec de nombreux détails des agressions sexuelles violentes sur fond d' »emprise mentale ». Les faits dénoncés s’étaient chaque fois déroulés dans des hôtels, en marge des conférences à succès données en France par l’intellectuel, qui jouissait d’une autorité certaine sur une large audience musulmane francophone.

Ce petit-fils du fondateur de la confrérie égyptienne islamiste des Frères musulmans, accusé par ses détracteurs de promouvoir un islam politique et de manier un double discours, avait alors dénoncé « une campagne de calomnie ». Signe de la complexité de l’affaire ou de l’ampleur des investigations envisagées, trois juges d’instruction ont été désignés, selon des sources concordantes. Cette étape pourrait décider des femmes ayant témoigné anonymement à déposer plainte à leur tour.

Cicatrice à l’aine 

« Christelle », la femme de 40 ans qui a choisi ce pseudonyme et souffre d’un handicap physique, accuse l’universitaire de l’avoir violée et frappée lors de leur unique rencontre à Lyon en 2009. « Coups sur le visage et sur le corps, sodomie forcée, viol avec un objet et humiliations diverses, jusqu’à ce qu’elle se fasse entraîner par les cheveux vers la baignoire et uriner dessus, ainsi qu’elle l’a décrit dans sa plainte », rapporte le magazine Vanity Fair, qui a rencontré la plaignante. Tariq Ramadan et « Christelle » ont confronté jeudi en fin d’après-midi leurs versions devant les enquêteurs. Au terme de trois heures d’une audition très tendue, le théologien, qui nie tout rapport sexuel avec elle, a refusé de signer le procès-verbal.

Selon une source proche du dossier, l’islamologue a été mis en difficulté par la connaissance qu’avait son accusatrice d’une petite cicatrice à l’aine, indécelable sans un contact rapproché. La première plaignante, Henda Ayari, qui avait porté plainte quelques jours avant « Christelle », accuse Tariq Ramadan de l’avoir violée à Paris en 2012. Cette femme de 41 ans avait déjà raconté la scène dans son autobiographie en 2016, désignant son agresseur présumé par un pseudonyme. Mais sans se résoudre à l’époque à porter plainte.

Pour tenter d’éteindre le scandale, la défense de l’intellectuel avait versé au dossier des échanges sur Facebook censés discréditer la parole de cette ancienne salafiste devenue militante féministe. En trois mois d’enquête, les policiers ont auditionné les plaignantes et d’autres possibles victimes. Ils ont aussi recueilli de nombreux échanges à caractère érotique, témoignant d’un libertinage en contradiction avec le discours religieux affiché par l’intellectuel. L’affaire ayant également fait resurgir des accusations d’agressions sexuelles sur ses élèves à Genève dans les années 1990, Tariq Ramadan s’est mis en congé d’un commun accord de l’université britannique d’Oxford, où il enseignait comme professeur d’Etudes islamiques contemporaines. Il continue toutefois de diriger un Institut islamique de formation à l’éthique (IIFE) à Paris.

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