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Togo: l’officier ayant invectivé un photographe rappelé par Paris et critiqué à Lomé

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« Une sanction disciplinaire de dix jours d’arrêt a été notifiée hier au lieutenant-colonel Romuald Letondot, pour atteinte au renom de l’Armée française », a annoncé la porte-parole adjointe du ministère des Affaires étrangères, Christine Fages.

Le coopérant militaire et conseiller du chef d’état-major de l’armée de terre au Togo est « en outre rappelé immédiatement à Paris », a-t-elle précisé.

Mardi, l’officier français avait vivement apostrophé Komi Agbédivlo, plus connu sous son nom de plume Didier Ledoux, photographe du quotidien privé Liberté, à l’issue d’une manifestation.

Le tutoyant ostensiblement dans un échange musclé qui a été largement diffusé sur YouTube et visionné par plus de 530.000 internautes vendredi, le militaire s’était emporté et avait lancé « Je m’en fous que tu sois de la presse, tu enlèves ta photo s’il te plaît, sinon c’est moi qui le prends (l’appareil photo) ».

« Tu veux qu’on mette un coup sur l’appareil ou quoi? », avait-il demandé, avant de menacer de faire appel au Régiment des commandos de la garde présidentielle « pour foutre un peu d’ordre là-dedans ».

L’officier français était « très nerveux et n’a pas fait preuve de retenue », a indiqué vendredi à l’AFP Noël Tadégnon, journaliste qui a filmé la scène.

« On sortait d’une ruelle quand on a aperçu l’officier français. En tant que photographes et reporters d’images, le premier réflexe était de le filmer ou de le prendre en images, parce qu’on était tous surpris de voir un haut responsable militaire français sur les lieux », a raconté M. Tadégnon, caméraman.

« Nous nous sommes ensuite dirigés vers lui pour lui poser quelques questions. Alors il s’en est violemment pris à Didier Ledoux. Il voulait dans un premier temps lui arracher son appareil. Mais il a résisté, alors il lui a intimé l’ordre de détruire les photos en le menaçant », a-t-il poursuivi.

Selon M. Tadégnon, il a fallu « l’intervention des autres confrères sur les lieux, avant qu’il ne le lâche ».

La diplomatie et la Défense française avaient condamné jeudi l’attitude de l’officier et Reporters sans frontières avait appelé à des sanctions.

Peu après l’incident, l’officier, dont le mandat s’achevait dans quelques semaines, avait vu le photographe à l’ambassade de France en présence du chargé d’affaires et lui avait présenté ses excuses, qui avaient été acceptées.

Mais vendredi, Didier Ledoux a annoncé son intention de le poursuivre suite à des propos tenus la veille par le lieutenant-colonel dans un entretien au site du magazine français L’Express.

S’expliquant sur l’épisode, le militaire a déclaré être « plutôt victime dans cette affaire » et estimé « avoir été piégé ».

« Ce que je sais c’est que je vais porter plainte contre lui devant les tribunaux », a réagi le photographe, se disant « choqué ».

« Je suis très furieux contre cet officier parce que son attitude m’a beaucoup surpris. Ce n’est pas ce qu’il a dit à l’ambassade que je retrouve dans l’interview », a-t-il expliqué, dénonçant son « hypocrisie ».

L’officier a indiqué à l’Express avoir « réagi comme quelqu’un d’agressé », et qu’il s’était fait prendre en photo par Didier Ledoux après que son véhicule eut été caillassé par des manifestants.

Journalistes et défenseurs des droits de l’Homme au Togo ont condamné son attitude lors de cet incident dont la portée semblait aussi avoir une dimension symbolique dans le pays ouest-africain placé sous mandat français en 1922.

Le directeur de publication de Liberté, l’un des principaux journaux togolais, a déploré le « comportement agressif et colonial » de l’officier qui a « dépassé les limites » tandis que l’Union des Journalistes Indépendants du Togo a dénoncé « vigoureusement cette flagrante entrave à l’exercice du métier de journaliste ».

L’Association Nouveaux Droits de l’Homme International (NDH-Togo) a elle condamné « cet acte barbare indigne d’un officier français fut-il conseiller du chef d’état-major de l’armée de terre ».

 

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