Toujours ouvert, Guantanamo fête ses neuf ans, Obama les mains liées

Toujours ouvert, Guantanamo fête ses neuf ans, Obama les mains liées

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Le 11 janvier 2002, une vingtaine de prisonniers arrivaient d’Afghanistan sur la base navale américaine louée à Cuba depuis le début du XXe siècle, encagoulés et vêtus d’uniformes orange, derrière des grillages qui sont restés célèbres.

Sept ans et quelques jours plus tard, le 22 janvier 2009, le président démocrate américain fraîchement élu signait un décret ordonnant la fermeture dans l’année de la prison de son prédécesseur, George W. Bush.

Deux ans ont passé et 173 prisonniers croupissent toujours dans ce qui est devenu une prison américaine traditionnelle où des quartiers de semi-liberté côtoient des bâtiments haute sécurité.
« Il est clair désormais que Guantanamo ne fermera pas pendant ce mandat présidentiel, et peut-être même pas pendant le prochain, même si l’administration continue de jurer qu’elle veut fermer », constate Matthew Waxman, professeur à Columbia interrogé par l’AFP.

« L’administration a compris qu’elle ne pouvait pas fermer Guantanamo sans davantage de soutien du Congrès et des pays alliés », précise ce spécialiste.

Après avoir mis des bâtons dans les roues du président Obama en interdisant la venue de détenus de Guantanamo sur le sol américain pour autre chose que leur procès, le Congrès a décidé en décembre d’interdire au Pentagone d’utiliser en 2011 ses fonds pour fermer Guantanamo et notamment pour tout « transfèrement, libération ou aide » à des détenus aux Etats-Unis.
« Cette loi ne rend pas impossible la fermeture de la prison, le président peut utiliser le budget du ministère de la Justice pour renvoyer des détenus devant des tribunaux fédéraux », nuance Andrea Prasow, de Human Rights Watch, qui affirme à l’AFP « croire en l’engagement de l’administration à fermer Guantanamo ».

Pour Amnesty International, Tom Parker est plus sévère. « Le problème pour fermer Guantanamo, c’est qu’il faut énormément de courage moral et courir le risque politique de faire ce qui est juste », explique-t-il à l’AFP.
Or, « le président Obama n’a pas eu le courage politique de mettre en pratique ses convictions morales », poursuit-il, convaincu que Guantanamo ne fermera pas, même si Barack Obama fait un deuxième mandat présidentiel.

Une analyse partagée par Benjamin Wittes, expert à la Brookings Institution, un think tank de Washington, pour qui « lorsque la mobilisation politique contre son projet de fermeture de Guantanamo a pris forme, (le président américain) a été complètement paralysé » face aux initiatives du Congrès.
Pour contrecarrer la suppression des fonds votée par le Congrès, le président américain a approuvé la loi de Finance pour le Pentagone vendredi mais a assorti sa signature d’une déclaration la contestant.
Il s’agit, estime M. Obama d' »un défi sans précédent et dangereux pour l’autorité du pouvoir exécutif de déterminer quand et où les détenus de Guantanamo doivent être jugés, sur la base des faits et des circonstances de chaque dossier et de nos intérêts de sécurité nationale », estime M. Obama.
Mais, contrairement à des informations parues cette semaine dans la presse américaine, il n’envisage pas de « passer outre » le vote du Congrès et s’en tient à une position de principe.
« Ca lui donne une excuse », fulmine Tom Parker. « Il a abandonné l’idée de fermer Guantanamo depuis un moment déjà, ceux qui pensent qu’une réélection le transformera en un président frais et fougueux, prêt à agir pour réparer les torts causés par l’administration Bush, se bercent d’illusions », estime-t-il.

AFP

 

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