Maison Economie Tourisme durable: La durabilité est un voyage et non une destination

Tourisme durable: La durabilité est un voyage et non une destination

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Les exigences envers l’industrie du tourisme de travailler d’une manière plus durable augmentent parallèlement aux reproches qu’on lui fait à ce niveau. Cela abouti à la demande absurde d’interdire les vacances pour lesquelles un vol en avion est nécessaire. Même si de telles déclarations ne devraient pas être prises trop au sérieux, cela montre qu’aujourd’hui les gens ont une approche plus différenciée pour faire le choix de leur destination de voyage qu’il y a encore quelques années.
Plus de durabilité dans le tourisme n’est certainement pas un nouveau sujet. Cependant, l’industrie n’a pas encore trouvé de réponse durable.
En principe il existe un accord général sur l’idée de base :réduire ses coûts (électricité, eau, produits de nettoyage…) tout en attirant plus de clients.
Cela semble simple, mais la réalité s’avère plus compliquée. La question comment réduire sa consommation d’électricité et d’eau sans investir d’énormes sommes n’est pas toujours facile à répondre. Il est encore plus difficile quand il s’agit de «vendre» la durabilité. Difficile, car les hôteliers ne disposent pas d’outils appropriés. Ces instruments devraient être les labels de tourisme durable: un touriste est intéressé par un voyage «durable» dans un pays particulier, il recherche un label et réserve un hôtel certifié par ce label. Cependant, cela se fait relativement rarement.
Dans certaines destinations comme le Costa Rica, cette approche fonctionne mieux. Toutefois il faut prendre en considération que ces destinations ont développé une image «verte» pendant de nombreuses années et sont devenues synonymes de destinations durables.

Les mêmes critères pour tous ?

Les raisons de l’échec des labels de tourisme durable sont leur rigidité et leur prétention que les établissements certifiés ont déjà atteint un statut d’excellence.
La plupart des labels sont composés de 100 à 150 critères, qui doivent être respectés pour devenir un hôtel, « soit-disant » durable. Un client peut ainsi trouver le même label avec les critères identiques dans un hôtel d’affaire de 80 chambres dans une grande ville ainsi que dans un hôtel de 10 chambres dans une région rurale. Ceci est difficile à comprendre et entraîne une perte de crédibilité.
Il est encore plus obscure lorsque certains sites comparent les émissions de CO2 des hôtels, sans calculer les émissions réelles de chaque hôtel. Au lieu de cela, les émissions ne sont calculées que pour certains établissements, qui servent ensuite comme norme de comparaison.
Ces systèmes ne sont ni compréhensibles ni transparents pour les clients et, par conséquent, ils ne sont guère utilisés pour les réservations.
Du côté des entreprises, la rigidité des systèmes de critères conduit à 2 problèmes fondamentaux:
1. La perte de transparence et de crédibilité: S’ils ne peuvent respecter certains de ces critères, ils sont obligés de mentir ou de prendre des mesures qui ne correspondent pas à leurs conceptions ou ne rentrent pas dans leurs capacités financières.
2. La perte de créativité et d’autonomie: Si une entreprise est obligée de respecter une liste de 100 à 150 critères, elle ne cherchera pas à trouver de solutions adaptées à sa conception.

La diversité dans l’industrie du tourisme est trop grande pour imposer à toutes les entreprises les même critères. La durabilité peut être un vecteur de succès si on permet aux acteurs de trouver les meilleures solutions possibles en optant pour des mesures appropriées et en les communiquant d’une manière crédible à leurs potentiels clients.
Ces clients exigent rarement la perfection dans le développement durable. Cependant, ils souhaitent être informés d’une manière honnête.

Plus de flexibilité pour plus de crédibilité

Une issue pour cette situation est de rendre les systèmes de critères plus flexibles et ainsi d’adapter les labels aux acteurs et pas le contraire.
Le mélange de critères fixes et de critères dynamiques en serait une approche.
Les critères fixes sont les mêmes pour tous les établissements et comprennent des normes générales telles que le respect des exigences légales, le respect des droits des employés, ne pas utiliser des substances toxiques …
Les critères dynamiques comprennent des normes plus évolutives telles que la réduction de la consommation d’eau et d’énergie, la réduction du flux de déchets, l’intégration dans le contexte local.
Le choix des actions concrètes pour atteindre les objectifs des critères est réservé à chaque établissement. Tous ont alors le même but mais chacun peut choisir le chemin pour y arriver.
Deux points sont essentiels pour garantir la réussite de ce modèle:
1. Les différentes mesures en cours par les doivent être présentées sur le site web du label de telle sorte qu’un client potentiel puisse suivre exactement la démarche de chaque établissement certifié.
2. Le label doit garantir que chaque établissement entame réellement les actions communiquées.
Les avantages suivants résultent de systèmes de critères plus flexibles:

Éviter le green-washing

Le green-washing est l’un des plus grands problèmes dans le tourisme durable car il entraîne une perte de confiance de la part des clients, ce qui engendre souvent des commentaires négatifs sur des sites comme tripadvisor.
Si une entreprise est libre de choisir les mesures, elle peut les communiquer à ses clients et ne doit pas prétendre par exemple avoir installé des ampoules économiques partout si cela ne correspond pas à la vérité.
Avec ce système, la probabilité est donc significativement plus élevée qu’un client trouve effectivement ce que lui a été annoncé.
Si des contrôles réguliers et approfondis sont effectués de la part du label, le risque de greenwashing est très faible.

Permettre une amélioration constante

Beaucoup de labels donnent l’impression que leurs établissements certifiés ont atteint une sorte d’état d’excellence. Encore une fois, la déception de la part des clients est souvent très grande lorsqu’ils rencontrent la réalité.
Les critères dynamiques empêchent ce risque, car permettent de montrer l’engagement social et écologique à long terme de l’établissement, sans prétendre être déjà parfait. Les établissements promettent de prendre un certain nombre de mesures chaque année qui mènent au développement durable. Cette approche donne la possibilité à l’hôtelier de se concentrer sur ces mesures, de veiller à ce qu’elles soient appliquées au quotidien et de vérifier leur impact.
Ainsi il serait possible d’affaiblir la crainte de certains de s’engager pour la durabilité, car ils ne sont pas obligés de faire l’impossible, mais peuvent s’améliorer progressivement dans le cadre de leurs possibilités individuelles.
Des systèmes plus évolutifs facilitent également l’implication des employés dans le processus. Ils sont essentiels pour découvrir les points faibles et pour faire des propositions d’améliorations.
Les entreprises qui ont introduit une «équipe verte» et qui la prennent au sérieux sont souvent surprises  par la motivation et la créativité de leurs employés. Au meilleure des cas, une nouvelle culture d’entreprise peut émerger.

Cultiver l’identité

De nos jours, on demande aux hôteliers de créer leur propre image et de se différencier de leur concurrence. Pour le développement durable cela ne semble pas être le cas , vu qu’on demande à tous de répondre aux mêmes critères et ainsi faire la même chose. Dans ce domaine spécialement, les possibilités d’approches créatives sont presque illimitées. La réduction de la consommation d’eau, d’énergie, du taux de déchets, l’intégration locale et la gestion du personnel nécessitent des solutions individuelles.
Ainsi les mesures prises pourraient également être utilisées beaucoup plus efficacement pour la nouvelle arme miracle du marketing « Storrytelling ».

Ne pas exclure d’entreprises

Une partie de la conception de certains établissements peut être contradictoire au développement durable. Par exemple, un hôtel avec un terrain de golf : La consommation d’eau et d’énergie est si énorme que cela peut ne pas être conforme à une démarche écologique. Cependant, cet hôtel peut agir d’une manière responsable dans tous les autres domaines (réduction des déchets, gestion du personnel, intégration locale). Afin d’inciter les golfeurs à choisir des hôtels qui agissent dans le cadre de leurs moyens, il faut leur donner la possibilité de pouvoir communiquer leurs efforts.

Mise en pratique de cette approche

Au Maroc greenadvisor est le premier label a avoir instauré cette approche. Le système de greenadvisor est basé sur 23 critères qui sont répartis en 13 critères fixes et 10 critères dynamiques.
Les critères fixes sont les mêmes pour tous les adhérents et assurent la base d’un développement durable.
Les critères dynamiques exigent une action concrète par critère et par an, soit 10 actions par an. Ces actions peuvent différer par établissement.
Afin de démontrer la fonctionnalité de sa démarche, greenadvisor a choisit de travailler pendant une phase test avec 5 établissements tout á fait différents dans leur conception, taille ou encore position géographique.

Christof Burgbacher
Fondateur Consulting Elementerre

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