Tunisie: l’agitation continue, grèves et arrestations de cybernautes

Tunisie: l’agitation continue, grèves et arrestations de cybernautes

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A Sidi Bouzid (265 km au sud de Tunis), la plupart des lycées et collèges étaient en grève dans cette ville endeuillée au lendemain de l’enterrement de Mohamed Bouaziz, a indiqué à l’AFP Ali Zari, responsable syndical local.

 

Mohamed Bouazizi, 26 ans, s’était immolé le 17 décembre pour protester contre la saisie de son étal de primeurs par des agents municipaux. Il est devenu depuis le symbole d’une révolte contre la précarité sociale et le chômage, notamment celui des jeunes diplômés.

Le mouvement qui s’est étendu depuis à d’autres régions enclavées du centre et du sud ouest, a gagné jeudi des localités du littoral-est plus nanti.
A Jbeniana, près de Sfax (300 km au sud-est de Tunis), la police a dispersé une manifestation de lycéens et d’autres plus violentes à Tala (ouest) où des arrestations musclées avaient été signalées dès mercredi soir.

Un nouveau suicide, le 3e depuis le début des troubles, a eu lieu à Chebba, sur le littoral-est, où Mohamed Slimane, 52 ans, un ouvrier du bâtiment, père de deux diplômés de l’université sans emploi, a été retrouvé pendu.

L’homme était malade et aurait désespéré de recevoir une aide pour se soigner et nourrir sa famille.
A Regueb, près de Sfax, un jeune a menacé de se donner la mort par électrocution pour dénoncer la corruption et l’inégalité face à l’emploi et un autre s’est immolé à Metlaoui, un zone minière ayant connu des troubles en 2008.

Des milliers d’avocats ont observé une grève pour dénoncer la répression le 31 décembre d’une manifestation de solidarité avec les habitants de Sidi Bouzid, selon le bâtonnier Abderrazak Kilani.

Le barreau avait dénoncé « un usage sans précédent » de la force et affirmé le devoir de « défendre la liberté d’expression » et « le droit des habitants de Sidi Bouzid et d’autres régions démunies à l’emploi, à la dignité ».

La grève a été cependant été dénoncée comme un acte « politique » contre le régime par des avocats du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, parti au pouvoir du président Zine El Abidine Ben Ali).

Par ailleurs, un rappeur et deux blogueurs ont été arrêtés jeudi, au lendemain de cyber-attaques de groupes d’internautes solidaires du mouvement de protestation sociale. Celle d’un troisième n’a pu être confirmée.

Ces attaques répondaient à un mot d’ordre lancé par les « Anonymes » (Anonymous) qui se présentent comme un groupe d’internautes attachés à la liberté d’expression.

Selon son frère, Hamada Ben Amor, dit « Le Général », arrêté à Sfax, est l’auteur d’un rap intitulé « Président, ton peuple est mort » diffusé sur internet, devenu un espace d’expression pour des milliers de jeunes tunisiens notamment sur Facebook et Twitter.

Slim Amamou et El Aziz Amami, cybernautes très actifs contre la censure ont été également arrêtés jeudi, selon le journaliste opposant Sofiene Chourabi.

A Paris, 200 personnes se sont rassemblées dans le cadre d’une journée internationale de solidarité avec la révolte sociale en Tunisie, et d’autres devant le consulat de Tunisie à Lyon (centre-est).
Une soixantaine de Tunisiens du Canada, dont de nombreux étudiants, ont manifesté jeudi soir devant le consulat de leur pays à Montréal pour réclamer le départ du président Ben Ali.
La France suit de près la situation en Tunisie, a dit la porte-parole adjointe du ministère français des Affaires étrangères, Christine Fages.
« Nous continuons de suivre de très près la situation en Tunisie et souhaitons que les tensions, qui ne sont dans l’intérêt de personne, s’apaisent. Il n’appartient pas à la France, pas plus qu’à un autre État, de conseiller les autorités tunisiennes dans le domaine économique et social », a-t-elle ajouté.

Le président Ben Ali avait accusé l’opposition d’instrumentaliser la révolte à des fins « malsaines » avant de retoucher son gouvernement et de débloquer 116,6 millions d’euros pour l’emploi, en plus de 7,8 millions d’euros pour la création de projets à Sidi Bouzid.

AFP

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