Tunisie: remaniement ministériel mercredi sous la pression de la rue

Tunisie: remaniement ministériel mercredi sous la pression de la rue

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Le climat s’est sensiblement crispé mardi à Tunis, où une première manifestation en défense du gouvernement de transition a été dispersée de façon musclée par un groupe de manifestants exigeant un nouvel exécutif épuré des caciques de l’ancien régime du président Zine El Abidine Ben Ali.
Dans une tentative cruciale pour endiguer la contestation, les autorités vont annoncer mercredi « la nouvelle composition du gouvernement », a indiqué le porte-parole du gouvernement et ministre de l’Education, Taieb Baccouch, cité par l’agence tunisienne TAP.

 

Ce remaniement est rendu nécessaire par la démission de cinq ministres – trois syndicalistes, un opposant et un membre de l’ancien régime- depuis sa formation le 17 janvier, qui seront remplacés par des indépendants, selon une source proche du gouvernement, issue de l’opposition.
Certains ministres de l’ancienne équipe Ben Ali occupant des postes-clés sont prêts à démissionner mais les tractations achopperaient sur les noms de leurs éventuels remplaçants à en croire cette source.
Le gouvernement de transition a aussi annoncé mardi des mesures tentant de répondre aux revendications sociales à l’origine de la « révolution du jasmin », dont une allocation mensuelle de 150 dinars (78 euros) pour les chômeurs diplômés acceptant un emploi à mi-temps dans les services publics ».

Premier responsable occidental à se rendre en Tunisie depuis la chute le 14 janvier du président Ben Ali, considéré jusqu’à la fin comme un partenaire sûr à Washington et dans les capitales européennes, le secrétaire d’Etat adjoint pour le Proche Orient, Jeffrey Feltman, a appelé les pays du monde arabe à tirer les leçons de la « révolution du jasmin ».
« Les défis qui se posent dans de grandes parties du monde, en particulier dans le monde arabe, sont les mêmes, et nous espérons que les gouvernements répondront aux aspirations politiques, sociales et économiques légitimes des peuples, particulièrement si elles s’expriment par des moyens légaux et pacifiques », a déclaré M. Feltman à la presse.
Des milliers d’Egyptiens ont réclamé le départ du président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis près de trente ans lors de manifestations à travers le pays inspirées par la révolte populaire tunisienne, au cours desquelles au moins deux manifestants et un policier ont été tués.
Evoquant la crédibilité très décriée en Tunisie du gouvernement de transition, M. Feltman a souligné qu’elle dépendrait de l’organisation rapide d’élections, tout en soutenant les réformes de démocratisation déjà annoncées.

Le président des Etats-Unis Barack Obama a affirmé de son côté mardi que son pays était solidaire des Tunisiens et soutenait les « aspirations démocratiques » des peuples, selon une copie de son discours sur l’état de l’Union diffusée à l’avance.

La venue de l’émissaire américain n’a pas été appréciée de tous. « Feltman go home » ou « non aux ingérences étrangères », pouvait-on lire sur les pancartes de certains manifestants.
Ce thème a également été évoqué par le dirigeant libyen Mouammar Khadafi, qui a effectué un virage stratégique en exprimant son soutien à la révolution du peuple tunisien, tout en craignant qu’elle ne soit détournée par des « intérêts étrangers », dans une interview diffusée par la chaîne privée tunisienne Nesma TV.
« On ne peut pas être contre la volonté du peuple tunisien. Nous sommes avec le peuple tunisien », a déclaré le leader libyen, re
ctifiant sa position initiale de soutien au président déchu Zine El Abidine Ben Ali, qui avait été très critiquée en Tunisie.

A Tunis, où des milliers de manifestants ont encore exigé, comme depuis une semaine, la démission du gouvernement provisoire, la tension est montée d’un cran mardi.
Aux cris de « Dégagez vermine! » des centaines de jeunes opposants ont dispersé dans le centre de Tunis une manifestation de soutien au « gouvernement d’union nationale », lors du premier face à face musclé entre partisans et adversaires du cabinet de transition.

Les anti-gouvernementaux, parmi lesquels des supporteurs de football, ont arraché à leurs rivaux banderoles et pancartes où était écrit « Oui à la démocratie, non au chaos », « la politique du tout ou rien ne mène nulle part ».

Les manifestants devant l’esplanade de la Kasbah, coeur du pouvoir politique à Tunis, étaient encore plus nombreux que la veille – environ 4.000 selon un militaire.
Des centaines s’apprêtaient de nouveau à camper sous les fenêtres des bureaux du Premier ministre pour la troisième nuit consécutive, au mépris du couvre-feu en vigueur.

A Sfax, deuxième ville du pays à forte activité économique, la section régionale de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), la puissante centrale syndicale, a appelé à une « grève générale » d’une journée mercredi, pour la démission du gouvernement et la dissolution de l’ex-parti au pouvoir.

Le syndicat des enseignants du primaire a annoncé la fin, mercredi, de sa « grève illimitée », après deux jours d’un mouvement bien suivi mais impopulaire.

AFP

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