Tunisie: une situation lamentable

Tunisie: une situation lamentable

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Après tout, les voisins, en Algérie, se battent depuis 1988 afin d’établir une société plus libre et prospère avec des résultats bien médiocres. Par exemple, 46 % des jeunes sont au chômage. En tout cas, la révolte en Tunisie soulève la question de la démocratisation du monde arabe.

Au cours des sept dernières années, des chercheurs et des intellectuels arabes ont rédigé cinq rapports sur le développement humain dans le monde arabe. Malgré des progrès indéniables au cours des trois dernières décennies, la situation est lamentable et aucune région de la planète ne présente un tableau aussi affligeant. À peu près tous les indicateurs sont au rouge dans la majorité des 22 États étudiés. Le chômage touche le monde arabe beaucoup plus que toute autre région en développement, et la diffusion des connaissances recule. Les femmes sont toujours marginalisées, quand elles ne sont pas considérées comme mineures toute leur vie. La manne pétrolière ne profite pas à tous, l’économie stagne et les institutions ne permettent pas aux citoyens de participer pleinement aux processus publics. Les médias sont aux ordres et les libertés civiles brimées. Le monde arabe «entre dans le XXIe siècle sans le moindre atout en matière d’avantages comparatifs», écrivent les auteurs du rapport de 2002.

Sur le plan politique, la démocratie est limitée et contrôlée. Selon les auteurs du rapport de 2004, «l’État arabe moderne, au sens politique, est proche de ce modèle astronomique, par lequel l’appareil exécutif ressemble à un « trou noir » qui convertit son environnement social dans un cadre dans lequel rien ne se déplace et d’où rien n’échappe». Tous les leaders arabes sans exception exercent un pouvoir absolu et certains présidents le transmettent ou pensent le transmettre à un de leurs fils (Égypte, Libye, Syrie). La Tunisie est l’un des exemples de ce modèle où le pouvoir a neutralisé les individus au point où l’opposition a été laminée et la société civile désarticulée.

Le cinquième et dernier rapport, publié en décembre 2009, établit des constats lucides et combien d’actualité compte tenu des attentats commis récemment contre des minorités religieuses et la chute de Ben Ali. Pour les auteurs, les États sont la source même de l’insécurité et de la répression alors qu’ils devraient assumer leurs responsabilités de protection des citoyens. Ils aggravent les conflits ethniques et religieux. Ils sont essentiellement prédateurs et aux mains d’un clan.

Un tel bilan laisse songeur quant aux possibilités réelles de la démocratie à prendre racine. Pour autant, les auteurs ne sont pas complètement pessimistes. Dès 2004, ils écrivent, prémonitoires, que c’est de la rue qu’émergera le changement et que la technologie jouera un rôle dans la transformation du monde arabe. À moins qu’elle n’ait déjà été confisquée, la première «révolution» à avoir réussi à travers l’internet et Facebook semble leur donner raison.

On ne s’entend pas sur les causes profondes de l’immobilisme politique et de l’échec de la démocratie dans le monde arabe. Sur cette question, les débats sont acrimonieux et idéologiquement colorés. Une chose demeure certaine: le chemin sera long, car la démocratie ne s’instaure pas du jour au lendemain et demeure fragile, comme on peut le constater aujourd’hui en Russie et dans certains pays d’Europe de l’Est et d’Amérique latine. L’avenir n’est pas écrit d’avance, mais dans le monde arabe, le ciel reste toujours couvert.

Jocelyn Coulon
L’auteur (j.coulonumontreal.ca) est directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au CÉRIUM.
Pour cyberpresse.ca

 

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