Un rapport d’Amnesty International dénonce les ventes d’armes aux pays arabes

Un rapport d’Amnesty International dénonce les ventes d’armes aux pays arabes

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Exportations d’armes vers des pays du Moyen-Orient: le commerce à tout prix ?

Le rapport intitulé « Transfert d’armes vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, les leçons pour un traité efficace sur le commerce des armes » fait état des contrats d’armements conclus depuis 2005 avec Bahreïn, l’Egypte, le Yémen, la Libye et la Syrie. Il décrit la façon dont ces pays ont été approvisionnés en armement tout au long de ces années, par une dizaine de pays notamment par la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, la Bulgarie, la Russie, ou encore le Qatar, et la Chine. Or, ces pays producteurs doivent se réunir en février prochain pour reprendre les négociations en vue d’un traité sur le commerce des armes qui pourrait se conclure en juillet 2012. Amnesty International souhaite que selon ce traité, les Etats ne devraient pas conclure de vente d’armes avec des pays où les dirigeants pourraient les utiliser contre leur population.

Comme l’explique Aymeric Elluin, chargé de campagne Armes et Impunité, « l’idée de ce rapport est de montrer cette contradiction entre le fait de soutenir un certain nombre de pays pour assurer la stabilité au cours de ces dernières années, alors qu’on savait très bien que des violations des droits de l’homme étaient commises, et ensuite d’aider ces populations civiles à ne plus être réprimées alors qu’on a fourni tous les armements nécessaires ».

Le commerce des armes représente des marchés juteux, mais pour Amnesty International, il ne faut pas vendre ces armes « à tout prix », notamment au prix de répressions sanglantes.

Des bombes lacrymogènes en Egypte et à Bahreïn «Made in USA»…

Sur le premier tableau publié dans le rapport d’Amnesty International, il apparaît que 14 pays dont la France, la Serbie, la Belgique, l’Allemagne et les Etats-Unis, ont fourni des armes à l’Egypte au cours des cinq dernières années, et plus de 20 pays lui ont vendu des armes légères, des munitions et des agents anti-émeutes. Dans les rues du Caire, au lendemain de la répression du 28 janvier dernier, les manifestants brandissaient d’ailleurs les cartouches ramassées par poignées de bombes lacrymogènes «Made in USA» ou «Made in France».

Lors de cette répression, plus de 840 personnes ont perdu la vie et des milliers ont été blessées par balle, beaucoup ont perdu un œil ou ont été touchées au visage. Parmi les principaux exportateurs d’armes de guerre ou d’équipements anti-émeute, les Etats-Unis étaient en tête, fournissant avions de chasse, hélicoptères, lance-missiles, jusqu’aux balles en caoutchouc. L’Autriche, l’Italie, la Slovaquie, la Bulgarie et la Suisse sont également bien placés dans les ventes d’armes légères à l’Egypte, mais aussi à Bahreïn où les forces de sécurité ont réprimé la contestation en mars dernier.

Bombes à sous-munitions espagnoles et lance-roquette russes en Libye

En Libye, notamment à Misrata, une équipe d’Amnesty International a retrouvé des bombes à sous-munitions et des projectiles de mortier MAT-120 fabriqués en Espagne. Les bombes à sous-munitions avaient été vendues à la Libye moins d’un an avant que l’Espagne ne ratifie la convention internationale les interdisant. Parmi les armes lourdes en Libye, beaucoup ont été fabriquées en Russie, ou avant la chute du Mur, en Union Soviétique, comme les roquettes Grad, utilisées par les deux camps. Ces roquettes frappent de façon indiscriminée lorsqu’elles sont lancées. La Libye a aussi été livrée en mines anti-char chinoises, des bombes, roquettes, missiles allemands et français, des armes légères italiennes (notamment via Malte) belges et britanniques, des armes automatiques serbes ou encore des blindés tchèques.

Des armes russes fournies à la Syrie

Malgré la difficulté d’obtenir des données exhaustives, Amnesty International estime que 10% des exportations d’armes de la Russie seraient destinées à la Syrie, dont des missiles et des lance-missiles et des avions de chasse MIG.

Selon le rapport publié par Amnesty International, le directeur général du principal fournisseur d’armes russe, l’entreprise d’Etat Rosoboronexport, aurait déclaré au mois d’août 2011 : « Tant qu’il n’y a pas de sanctions déclarées et tant que nous n’avons pas de directives du gouvernement, nous devons nous en tenir à nos obligations contractuelles, et c’est ce que nous faisons ». Donc la Russie continue à fournir des armes à la Syrie, malgré la répression. Au cours des cinq dernières années, la Russie a été en tête des matériels de guerre fournis à la Syrie, l’Egypte, la France et l’Inde ont aussi vendu des armes, des munitions et des véhicules blindés. Quant aux armes légères et anti-émeutes, seules l’Autriche et l’Italie en auraient fourni à Damas. Des données difficiles à vérifier à cause du manque de transparence de ce type de transaction.

Syrie et Libye : des embargos partiels sur les armes… et trop tardifs

Aucun embargo sur les ventes d’armes à la Syrie n’a encore été déclaré au Conseil de sécurité de l’ONU. En revanche, certains pays ont décidé de les appliquer, notamment les Etats-Unis (depuis 1991) et l’Union européenne (en mai 2011).

En revanche, pour la Libye, la résolution 1 970 du Conseil de sécurité votée le 26 février dernier a proclamé un embargo sur les armes. Cependant la France avait largué des armes aux rebelles, et le Qatar avait fourni des missiles anti-chars Milan de fabrication française et des munitions après cette date… Un autre embargo, plus ancien, avait été maintenu de 1992 à 2003. Mais au cours des cinq dernières années, plus de dix pays ont fourni des armes à la Libye (armes de guerre et équipements anti-émeute), dont la France, l’Italie, les Etats-Unis et la République de Corée… Ces mêmes armes que les forces du colonel Kadhafi ont utilisées pour réprimer les manifestants à Benghazi et contre les rebelles. En septembre, le Conseil des ministres de l’Union européenne a décidé de lever partiellement cet embargo sur les livraisons d’armes à la Libye. Néanmoins, le nombre d’armes en circulation par habitant est tel que leur utilisation provoque de graves atteintes aux droits de l’homme.

Contrôler le commerce des armes : vers un traité en juillet 2012 ?

Amnesty International et d’autres ONG sont mobilisées depuis plusieurs années pour qu’un traité sur le contrôle des armes soit adopté à l’ONU. Mais ce traité devra « prendre en compte le besoin de respecter les droits humains », comme l’explique Helen Hughes, spécialiste du commerce des armes à Amnesty International car « les embargos sur les armes arrivent généralement trop tard ». S’il existe un risque substantiel que ces armes peuvent être utilisées pour commettre de graves violations des droits de l’homme, la vente ou le transfert d’armes ne devrait pas être autorisé. C’est cette condition que l’organisation souhaite inclure dans le traité qui sera négocié en juillet 2012 à New York.

 

RFI____________________

 

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