Un tueur en série dans la ville ?

Un tueur en série dans la ville ?

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On ne manquera pas de dire, sans doute avec raison, que le retard de ce communiqué a permis à la rumeur de prendre des proportions de psychose.

Le «seffah» n’est donc qu’une invention de l’imagination collective. Ça fait des années qu’une telle rumeur n’a pas fait tant de ravages dégénérant en psychose (une performance d’audience selon l’autre échelle de valeurs), rumeur autour d’un homme dans la force de l’âge, un mauvais héros misogyne qui s’en prend uniquement aux femmes sans défense. On lui a même fait un portrait sommaire: il serait né en prison, il aurait perdu les doigts d’une main arrachés par une porte qui s’est fermée sur sa main etc. Il aurait laissé traîner une lettre disant que les enfants sont ses enfants, que les hommes sont ses amis et que les femmes sont ses ennemies. Si nombre de personnes se gaussaient de ces rumeurs les imputant à «l’impact de l’analphabétisme, au peu de confiance dans les canaux d’informations traditionnels» comme on aime dire dans ce genre de situation, d’autres y croyaient ferme et les colportaient à qui mieux mieux. Radio médina, le bouche à oreille de culture orale reprend du service en monopole.

Il n’y a pratiquement pas de quartier où cette rumeur n’ait sévi avec force faisant appel à une multitude d’histoires et de versions. Mais c’est sans doute en périphérie que les choses ont eu le plus d’impact depuis le début. Ainsi, raconte cette jeune femme de ménage mère d’un enfant habitant un douar d’habitats anarchiques dans les environs du cimetière Errahma, «les femmes nombreuses qui se lèvent très tôt pour aller travailler en ville ne pouvaient pas le faire à moins d’être en groupe car il y a du chemin à faire avant d’arriver au bus et, le soir, on ne pouvait plus s’attarder et surtout pas rentrer chez soi seules, j’ai entendu raconter tant d’histoires du côté de Dar 16, des gens de la famille m’assurent que c’est vrai !…»

Dans cette région de la périphérie avec des terrains vagues à foison, une sorte de couvre-feu est établi du fait de la psychose. Mais les rumeurs qui ont concerné la périphérie de Casablanca, du côté de Hay Hassani ont fini par gagner d’autres parties du vieux centre de la ville comme l’ancienne médina.
Un enseignant à la retraite demeurant en ancienne médina raconte que l’une de ses cousines lui avait confié que le “seffah” s’était manifesté, muni de sa machette, à Derb Guebbass où il a charcuté bon nombre de femmes. Or derb Guebbass pour notre interlocuteur, ce n’est guère loin de chez lui et il faut cinq minutes à pied pour vérifier qu’il n’y a rien, pas de trace de tuerie.

«C’est la terreur qui fait circuler ces rumeurs et quand elles persistent c’est parce que généralement on ne peut pas les vérifier à cause de la distance et du manque de démenti au niveau officiel» dit-il.

S.A

 

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