Violences en Tunisie: gouvernement limogé, état d’urgence, législatives dans 6 mois

Violences en Tunisie: gouvernement limogé, état d’urgence, législatives dans 6 mois

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Mais le gouvernement tunisien a aussi annoncé avoir décrété l’état d’urgence dans l’ensemble du pays avec un couvre-feu de 18H00 à 06H00 du matin, l’interdiction des rassemblements sur la voie publique et l’autorisation donnée à l’armée et à la police de tirer sur tout « suspect » refusant d’obéir aux ordres.

 

Les manifestants, rassemblés par milliers vendredi à Tunis et en province, exigent toujours le départ immédiat du chef de l’Etat, au pouvoir depuis 23 ans, ne se satisfaisant pas de ses promesses de quitter le pouvoir seulement au terme de son mandat en 2014.

Le bilan de la répression du mouvement de contestation du régime tunisien s’est par ailleurs encore alourdi, avec au moins 15 morts jeudi soir et le tourisme, secteur-clé de l’économie, était affecté par la crise, avec la rapatriement de milliers de touristes européens.

Le Premier ministre Mohammed Ghannouchi, cité par l’agence officielle TAP, a indiqué que le président Ben Ali a décidé « dans le cadre de mesures (d’apaisement) annoncées jeudi, de limoger le gouvernement et d’appeler à des élections législatives anticipées dans six mois ». Il a ajouté avoir été chargé de former le nouveau gouvernement.

« Je vous ai compris », avait martelé le chef de l’Etat jeudi soir dans sa troisième intervention télévisée depuis le début des violences, appelant notamment les forces de sécurité à ne plus tirer à balles réelles sur les manifestants.

« Non à Ben Ali », « Soulèvement continu », « on préfère la disette à Ben Ali » lui ont répondu vendredi des centaines de manifestants dans la capitale, qui se sont rassemblés devant le ministère de l’Intérieur.
« Le ministère de l’Intérieur est un ministère de la terreur » et « hommage au sang des martyrs » ou encore « non, aux Trabelsi (ndlr: la belle famille du président) qui a pillé le pays », scandaient les manifestants, dont des avocats.

Mais l’après-midi, la police les a dispersés à coup de grenades lacrymogènes. En quelques minutes, la rue s’est vidée de la foule et quelques manifestants ont lancé des pierres, des chaises et des parasols de terrasses de cafés en direction des policiers.

Des blindés de l’armée se sont déployés devant le ministère de l’Intérieur alors que des unités anti-émeutes pourchassaient des jeunes manifestants dans les escaliers d’immeubles résidentiels et dans un centre commercial, où ils se sont repliés.

Selon un témoin, d’autres blindés de l’armée se sont positionnés devant le ministère des Affaires étrangères ainsi que devant le bâtiment de la Télévision et radio nationale.

De violents heurts se sont ensuite produits en fin d’après-midi entre des groupes de manifestants et des policiers anti-émeutes pendant lesquels un photographe étranger a été blessé à la tête par un tir de gaz lacrymogène, selon des journalistes de l’AFP sur place.

Des manifestations ont également eu lieu en province. A Sidi Bouzid (sud-ouest) d’où est parti le mouvement de contestation, quelque 1.500 personnes ont défilé aux cris de « Ben Ali dehors », tandis qu’à Regueb, une localité proche, 700 personnes ont lancé des slogans hostiles au président.

A Kairouan (centre), des marcheurs ont crié « Ben Ali dehors », de même qu’à Gafsa, dans le sud-ouest, selon des sources syndicales.

Selon la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme (FIDH), 66 personnes ont été tuées depuis le début mi-décembre des émeutes. Mais jeudi soir, 13 civils ont été tués à Tunis et sa banlieue et 2 autres à Kairouan, selon des témoins et des sources médicales.

Un peu plus tôt dans la journée de vendredi, le ministre tunisien sortant des Affaires étrangères Kamel Morjane avait estimé possible la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Le discours présidentiel avait été plutôt bien accueilli jeudi soir par les différentes composantes de l’opposition.

La France a de son côté encouragé le président tunisien à poursuivre dans la voie de « l’ouverture politique ». L’Union européenne s’était également félicitée de l’annonce du président qu’il ne briguera pas un nouveau mandat en 2014, y voyant un moyen d’assurer « une transition en douceur ».

Les violences ont par ailleurs commencé à affecter le tourisme après que des pillages se sont produits jeudi dans la station balnéaire très fréquentée de Hammamet (nord).

La filiale allemande du voyagiste britannique Thomas Cook a annoncé vendredi qu’elle allait rapatrier le jour même vers l’Allemagne quelque 2.000 touristes se trouvant en Tunisie, et annulé tous ses départs vers le pays jusqu’au 17 janvier.

AFP

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