Washington préoccupé par la condamnation de Morsi

Washington préoccupé par la condamnation de Morsi

635
0
PARTAGER

Les Etats-Unis se sont dits « vivement préoccupés par une nouvelle condamnation à mort de masse à l’encontre de plus de 100 accusés, dont l’ancien président Morsi », selon le département d’Etat, dimanche 17 mai. La veille, un tribunal égyptien avait requis la peine de mort à l’encontre de Mohamed Morsi et plus de cent autres partisans des Frères musulmans, accusés d’être impliqués dans une évasion collective d’une prison du Caire durant le soulèvement de 2011.

L’annonce de la condamnation avait déjà provoqué plusieurs condamnations, des Frères musulmans et du Hamas, mais aussi d’Amnesty International et du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Pour lui, le verdict représente « un retour à l’Egypte antique ». « Tout en abolissant chez eux la peine de mort, les Occidentaux se contentent de prendre note, sans rien faire, de l’énoncé des peines capitales en Egypte », a-t-il critiqué. Amnesty International a estimé que la peine de mort était devenue « l’outil de prédilection des autorités égyptiennes pour éliminer l’opposition politique » et a demandé à ce que l’ex-président bénéficie d’un nouveau procès, devant une instance civile. Amr Darrag, un dirigeant de la confrérie, a affirmé que ce verdict était un symbole de « l’ombre épaisse d’autoritarisme qui est revenue sur l’Egypte ». La justice égyptienne rendra sa décision finale le 2 juin.

Il y a moins d’un mois, M. Morsi avait déjà été condamné à vingt ans de prison dans un premier procès pour des violences contre des manifestants durant sa courte présidence.

Cette foisi, l’ancien président était jugé dans deux affaires ; l’une relative à son évasion de prison le 28 janvier 2011, pendant la révolution qui a renversé Hosni Moubarak ; et l’autre à des accusations d’espionnage.

« Pourquoi l’armée a-t-elle laissé Morsi se présenter à la présidence ? »

Plusieurs commentateurs ont relevé que ni avant ni pendant son mandat à la présidence, Morsi n’avait été jugé pour cette évasion. La jeune blogueuse Zeinobia demande ainsi : « Pourquoi l’armée a-t-elle laissé Morsi se présenter à la présidence si elle le considérait comme un évadé de prison ? Et pourquoi l’armée a-t-elle coopéré avec lui ? »

Même si aujourd’hui la majorité de la population reste favorable à une réponse forte face à la confrérie islamiste, certains experts pointent les dangers de cette politique. « Le régime a fait le choix de la violence au nom de la stabilité et au détriment de la démocratie », affirme le politologue égyptien Achraf Al-Chérif, ajoutant : « En excluant les islamistes du champ social et politique, elle entraîne une radicalisation des partisans des Frères musulmans qui ne croient plus en la justice et en la démocratie ; ce qui est très dangereux. »

Lire l’analyse (édition abonnés) : Procès Morsi : les autorités égyptiennes implacables envers les islamistes

Le régime ne semble en tout cas pas prêt à changer de stratégie : dès le lendemain de la condamnation à mort de M. Morsi, les autorités ont annoncé avoir pendu six militants islamistes, reconnus coupables d’avoir mené des attaques pour le compte du groupe armé Ansar Beit Al-Makdis.

M. Morsi avait été destitué par l’armée au début de juillet 2013, après des manifestations réclamant son départ. Dans les mois qui ont suivi, plus de 1 400 manifestants pro-Morsi et plus de 15 000 Frères musulmans ont été emprisonnés. Et des centaines ont été condamnés à mort lors de procès de masse expéditifs, qualifiés par l’Organisation des nations unies de « sans précédent dans l’histoire récente » du monde.

A la fin de mars, Barack Obama avait annoncé la reprise des livraisons d’armes lourdes à l’Egypte, qui avait été gelée en octobre 2013, à la suite de la répression sanglante contre les partisans du président Morsi.

Source : lemonde.fr

Commentaires