Y a -t-il une “épidémie” de cancer dans notre pays ?

Y a -t-il une “épidémie” de cancer dans notre pays ?

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La prévalence du cancer dans notre pays est de 100 à 180 cas pour 100.000 personnes. Un chiffre qui gagnerait à être plus précis et plus proche de la réalité surtout si le département de la santé répondait à l’exigence de publier dans la transparence et la rigueur de la rationalité scientifique des statistiques annuelles concernant le cancer au Maroc.

Concernant l’évolution de cette maladie, les chiffres ne sont pas précis non plus, car si le ministère de la Santé a évalué en 2006 la moyenne des nouveaux cas de cancer de 30 à 40.000 chaque année, les professionnels quant à eux vont jusqu’à estimer que 50.000 nouveaux cas surviennent annuellement.
Laissons de côté la polémique concernant les chiffres et intéressons-nous plutôt à l’évolution de ce qui est en train de devenir une sorte d’épidémie. Premier diagnostic partagé à l’unanimité par l’ensemble des professionnels : il y aurait un réel problème de dépistage.

Résultat : beaucoup trop de Marocains souffrent sans le savoir de ce mal sournois qui les ronge en silence, et d’autres ne découvrent qu’à un stade avancé voire final, qu’ils sont atteints de la tumeur fatale.

Des déficits flagrants et des interrogations intrigantes

Deuxièmement, beaucoup de cancéreux considèrent encore cette maladie telle la fatalité d’un mal incurable alors que la science médicale a connu des progrès extraordinaires, que les avancées thérapeutiques sont considérables et que des traitements existent afin de lutter contre le cancer et surtout en guérir tout en bénéficiant d’une qualité de vie appréciable pour le patient.
Maintenant, la réponse apportée par l’Etat face à ce qui constitue désormais un fléau pour la santé publique est-elle appropriée, suffisante et à la mesure des besoins et des attentes ? Absolument pas, l’action de l’Etat en la matière est franchement loin de répondre aux besoins en ce qui concerne la question de l’égalité face à l’accès aux soins, les structures spécialisées d’accueil des cancéreux et leur prise en charge thérapeutique.

Les images de cancéreux en loques, sorte d’épaves humaines en sursis, qui rodent autour de l’hôpital Sidi Mohamed Ben Abdallah à Rabat qui abrite le Centre National d’Oncologie et le pavillon des cancéreux, révèlent l’ampleur des déficits à combler, et sont un flagrant désaveu pour tous les beaux discours !

Ces cancéreux viennent de régions lointaines, n’ont un rendez-vous que dans cinq ou six mois mais préfèrent rester dans la rue à la merci du besoin, sans médicaments ni traitement. Il arrive même que des décès surviennent dans la rue à force d’épuisement.

Pour ceux-là, abandonnés quelque fois par leurs proches, la vie n’est plus qu’un calvaire, une longue souffrance. Pour les autres, les malades se retrouvent désemparés par la fatalité d’une tourmente et d’une détresse inextricables vécues tel un drame familial.

Si les cancéreux les plus fortunés et aisés ont le loisir de se faire soigner à l’étranger ou au Maroc dans des cliniques privées qui les saignent à blanc, il est légitime de dénoncer cette médecine privée qui n’est rien d’autre qu’un commerce sans scrupules qui profite sans états d’âme de patients prêts à tout pour sauver leur vie, tout comme il est opportun de mettre à l’index ces assurances qui ne prennent en charge qu’une seule séance de chimiothérapie avant d’abandonner à leur triste sort leurs adhérents. Le pire, ce sont les patients qui n’ont ni les moyens et encore moins d’assurance-maladie. Ceux-là restent à la merci d’hôpitaux publics débordés et mal équipés.

Témoignages

M.K., cancéreux en stade avancé à Rabat : « J’ai peut-être eu de la chance d’être admis dans ce centre et d’avoir cette chambre alors que d’autres nécessiteux crèvent de froid dehors. Je n’ai pas l’impression d’être dans un hôpital, mais ce pavillon est un véritable mouroir. Le staff médical semble indifférent et sans coeur, ma douleur et ma souffrance ne les touchent pas.

Pour eux, je ne suis qu’un cobaye, un cas à étudier, une expérimentation scientifique. Sans plus .”
Quant à R.T, après 30 ans de service dans l’armée, il se retrouve avec un cancer généralisé au stade final et n’arrive même pas à avoir une prise en charge pour couvrir les frais de son traitement. Il s’en remet à Dieu et préfère s’éteindre dans la résignation et la dignité. En effet, beaucoup dans son cas passent des annonces dans les journaux afin d’implorer les bienfaiteurs et mendier le prix d’un traitement.

Voilà pour le volet humain et social où la responsabilité de l’Etat est clairement engagée.
Autant dire que la Fondation Lalla Salma de Lutte contre le Cancer suscite une montagne d’espoirs, a énormément de pain sur la planche surtout en ce qui concerne les cancéreux qui passent leurs nuits dehors aux alentours de centres d’oncologie submergés et qui n’ont même pas de quoi s’acheter un cachet d’aspirine.

Les produits chimiques et les pesticides, du cancer dans vos assiettes !

Maintenant, pour les questions qui intriguent elles concernent des défaillances et des dysfonctionnements auprès de départements gouvernementaux.

Ainsi, si le cancer du sein vient en première position chez nous avec une femme sur dix, des conclusions auraient dû êtres faites surtout que de nombreuses recherches internationales ont établi une étroite corrélation entre la prise de la pilule contraceptive et le cancer du sein, et celui du col de l’utérus. Chez nous, non seulement la recherche scientifique médicale n’existe pas, mais profiter des avancées de la recherche dans le monde n’aurait pas été fortuit.

En attendant, d’un point de vue thérapeutique, nous dépendons des grands laboratoires internationaux entre qui la concurrence est une guerre sans merci.

Pour le cancer du poumon qui connaît chaque année 12.000 nouveaux cas principalement à cause du tabac, une action rigoureuse des pouvoirs publics aurait été souhaitable car l’Etat devrait imposer aux fabriquants des normes sanitaires interdisant les matières cancérigènes dans les cigarettes, des mesures contre le tabagisme passif qui tue aussi et contre la pollution de l’air et les nuisances chimiques qui sont à Rabat et à Casa en tête des causes de décès par pathologies respiratoires interposées.

Pour les cancers attribués à l’alimentation, il n’existe à l’heure actuelle aucune agence de sécurité sanitaire dans notre pays et encore moins de groupes de défense des consommateurs bien organisés.
En effet, jamais les taux de pesticides dans les fruits et légumes ne sont publiés dans la transparence, à supposer qu’ils soient mesurés régulièrement, ainsi que des informations concernant l’alimentation du bétail qui peut constituer un risque.

La pression doit être faite sur le ministère de l’Agriculture afin que ce dernier modernise ses structures car en 2007, il est légitime pour un marocain de savoir si à chaque repas ce n’est pas du cancer qu’il avale à petites bouchées.

Qu’il s’agisse de pilule contraceptive, de tabac, de produits chimiques, de risques alimentaires liés aux pesticides ou aux hormones ou de plomb dans l’eau , il n’est pas encore question dans notre pays de principe de précaution afin de réduire les facteurs cancérigénes. Ceci car prés de 45 pour cent des cancers pourraient être évités.Le plomb dans l’eau n’est pas du reste, qu’il s’agisse d’un défaut de production ou du résultat de canalisations vieilles.

Pour le reste, tous les jours à la maison et au bureau nous côtoyons énormément de produits chimiques cancérigènes qui , à la longue, peuvent causer un cancer.

Les pays européens se sont dotés de Reach un programme contre les produits chimiques, il est vrai avec énormément de résistance du lobby chimique.

Chez nous, il n’est encore question de rien du tout et nos produits chimiques continueront de circuler librement et de sévir en toute quiétude.

L’important, en conclusion, c’est que la lutte contre le cancer dans notre pays tarde à prendre le taureau par les deux cornes et à s’attaquer au mal à sa racine.

Sinon, comme il n’y a pas de fumée sans feu, plus de 40.000 nouveaux cas de cancers chaque année c’est trop !

Hafid Fassi Fihri  _________________

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