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Zoom sur l’empire Lactalis

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Outre le lait infantile, le puissant et discret n°1 mondial des produits laitiers compte des marques emblématiques de produits laitiers bien connus des Français. Malgré l’affaire, la vaste galaxie de produits lactés continue de tourner.

Depuis début décembre, l’affaire Lactalis a connu plusieurs rebondissements. Le premier collecteur de lait en France avait déjà fait parler de lui à l’été 2016 lorsque les producteurs avaient engagé un bras de fer pour obtenir une revalorisation. Cette nouvelle affaire peut-elle déstabiliser le géant de l’agroalimentaire ? Le discret n°1 mondial des produits laitiers a déjà su rebondir grâce à son puissant empire lacté qui compte de nombreuses marques.

● Des marques emblématiques

Les boîtes de lait pour bébé Picot, Milumel, Carrefour… aujourd’hui suspectés d’être contaminés aux salmonelles côtoient d’autres grandes marques de produits laitiers bien connus des Français au sein de la galaxie Lactalis. Ainsi, le camembert Président, Cœur de Lion ou Lepetit, le lait Matin léger de Lactel, le roquefort Société, la mozzarella Galbani, la feta Salakis, le fromage Chaussée aux Moines, la crème fraîche Bridelice, le beurre Bridelight, le lait Lactel, les yaourts La Laitière… Les supermarchés regorgent de produits Lactalis, le puissant – et très secret – numéro un mondial du lait. Le géant des produits laitiers est également propriétaire de fromages AOP et même le numéro un du camembert AOP avec notamment la fromagerie normande Graindorge. Des dizaines d’autres produits existent dans l’univers de Lactalis, notamment à l’étranger.

Au total, le groupe est présent dans 47 pays et s’appuie sur 246 sites de production à travers le monde, dont 63 sites en France.

● Emmanuel Besnier, 8ème fortune de France en 2017 d’après Forbes

Aussi géant soit Lactalis, il reste un groupe familial, détenu à 100% par les trois petits-enfants de son fondateur.

À l’origine, c’est André Besnier, ancien tonnelier, qui a créé la première société. En 1933, il lance, à Laval, en Mayenne, une petite fromagerie avec 17 camemberts. Son fils Jean-Michel prend la direction de l’entreprise familiale à la mort de son père en 1955. Il mène une vaste campagne d’acquisitions et transforme le groupe. Il a notamment mis la main sur la célèbre marque Lactel dans les années 1980 qui devient rapidement la marque phare de l’entreprise. Il a également créé des marques emblématiques comme Président.

Parallèlement, le groupe part à la conquête des États-Unis et de l’Europe et s’implante en Italie et vers les pays de l’Est, en Ukraine, en Pologne mais aussi en Égypte. En 1999, l’entreprise Besnier prend le nom de Groupe Lactalis, pour répondre à son internationalisation.

À la mort de Jean-Michel Besnier, en 2000, l’un de ses fils, Emmanuel Besnier, reprend les rênes de l’entreprise familiale. Il poursuit la stratégie d’acquisition menée par son père avec le rachat du fleuron Galbani en 2006, la création d’une joint-venture avec Nestlé en 2006 puis une prise de position majoritaire dans le leader italien Parmalat en 2011. Ces dernières années, la direction a poussé ses pions dans les pays émergents (rachat de Balkis au Brésil, des turcs AK Gida et Anik, et en 2014, le numéro deux indien Tirumala Milk). Sa dernière conquête est le roi du yaourt islandais aux Etats-Unis, Siggi’s, une start-up à succès au chiffre d’affaires de 147 millions de dollars qui a redonné le goût du yaourt aux Américains, dont le rachat a été annoncé le 5 janvier.

Très discret, Emmanuel Besnier fuit les médias et cultive la culture du secret. «L’émir blanc» n’a jamais accordé aucune interview à la presse, seulement quelques photos de lui circulent. Le président de Lactalis est selon le classement des milliardaires de Forbes de 2017, la 8e fortune de France, avec un patrimoine de 11,3 milliards d’euros. D’après le même classement, son frêre Jean-Michel Besnier et sa soeur Marier Besnier Bauvalot sont 14e ex-aequo avec un patrimoine estimé à 4 milliards d’euros chacun.

● Une comptabilité secrète

Le très secret laitier de Laval n’est pas coté en Bourse. Le groupe au 75.000 employés dans 85 pays, dont 15.000 en France ne publie pas ses comptes, même au greffe du tribunal de commerce. Il préfère payer des amendes plutôt que de dévoiler ses marges. Le groupe est critiqué pour son goût du secret, notamment sur ses coûts de revient. Impossible donc de connaître le poids exact de chacune de ses filiales et métiers et notamment celui des laits infantiles. Le groupe justifie sa discrétion par les contraintes de la concurrence internationale et du «marché mondial» du lait. Tout au plus peut-on connaître son chiffre d’affaires annuel de 17,3 milliards d’euros est réalisé à 58% en Europe, 21% en Amérique, 14% en Océanie, et 7% en Afrique.

Les ventes sont avant tout réalisées par les fromages, à hauteur de 36% soit 6,3 milliards d’euros grâce aux marques Président, Rouy, Lepetit, Lanquetot, Bridélight, Galbani, Rondelé, Munster Les Petits Amis et Chaussée aux moines et les AOC Pochat, Istara, Beulet, Salakis, Lanquetot, Société, Boule d’Or, Lou Pérac, Le Roitelet, Raguin, Le pont de la Pierre.

Le lait de consommation représente quant à lui 25% du chiffre d’affaires soit 4,3 milliards d’euros, essentiellement avec Lactel.

Les ventes des yaourts et desserts lactés forment 14% du chiffre d’affaires soit 3,4 milliards d’euros, via sa coentreprise avec Nestlé baptisée Lactalis Nestlé Ultra Frais (La Laitière, Yoco, Flanby, Sveltesse, Viennois, Yaourt à la grecque, Kremly, B’A, Bercail, Chambourcy). Les beurres et crèmes (Président, Bridélice, Bridélight, Primevère, Le Marin) réalisent de leur côté 11% des ventes, 1,9 milliard.

Les laits en poudre et ingrédients laitiers pèsent 7% des ventes, soit 1,2 milliard d’euros. Les laits infantiles sont donc le plus petit pôle du groupe.

La division lait en poudre est donc minoritaire pour Lactalis. De plus, la crise du lait contaminée pourrait être d’autant mieux gérée par le groupe qu’il n’en est pas à son premier raté. Avant le bras de fer avec les éleveurs, le groupe faisait partie de ceux qui ont participé au «cartel des yaourts». Par ailleurs, Emmanuel Besnier avait engagé un bras de fer avec le groupe Leclerc qui refusait ses hausses de prix et avait décidé de ne plus livrer ses produits au géant de la grande distribution. Le groupe est donc un habitué des crises. La réputation du groupe auprès de l’opinion publique pourrait toutefois pâtir de l’affaire du lait contaminé.

Source : LE FIGARO

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